Archives pour le mot-clé 'reflexion'

LA GPA : Pourquoi pas nous ?

Hello !

Cela m’a pris quelque temps pour rassembler mes idées depuis le reportage de Dimanche soir sur M6, dans Zone Interdite, qui parlait de la Gestation Pour Autrui. Avec V. nous avons bien sur regardé le reportage avec une grande attention. Bien sûr, ce sujet de la GPA est un sujet très récurrent dans notre existence. Déjà car la question s’est directement posée à nous, que parmi mes rencontres de personnes infertiles (SIA ou non) certaines envisagent la GPA, militent pour sa légalisation, y ont parfois eu recours.

Et enfin car, en tant que postulants à l’adoption, nous sommes toujours confrontés aux conseils bien-attentionnés des personnes qui ne veulent que notre bien et qui nous disent qu’ils ont entendu dire que la GPA c’était une belle solution aussi et que ça se fait de plus en plus à l’étranger, alors pourquoi pas nous ?

Pourquoi pas nous, c’est vrai ça ? Après tout, nous sommes stériles. Après tout, nous aussi nous voulons un bébé. Après tout, nous sommes ensemble depuis 10 ans, cela fait déjà 3 ans que nous avons décidé de fonder notre famille à nous. Alors ?

J’ai longtemps hésité avant de faire cet article, parce qu’il choquera mes amies qui rêvent de voir naître leur enfant d’une mère-porteuse, mes proches qui veulent notre bien, mais en voyant ce reportage, à la lumière de nos 2 années de démarches dans l’adoption, j’ai quand même besoin de te dire « pourquoi pas nous ».

Donc si tu viens d’une autre planète, je vais te résumer vite fait bien fait la GPA. Tu es un couple (homo ou hétéro) et tu ne peux pas avoir d’enfants. On va donc prendre l’information génétique de l’un et de l’autre (ou d’un donneur) pour le combiner avec celui de ta partenaire (comme la fécondation in-vitro) mais l’embryon ainsi formé va être transplanté non pas dans le ventre d’un des parents, comme dans la fécondation in-vitro (soit parce qu’il n’y a pas de femme dans le couple, soit parce que la femme n’a pas d’utérus, ou que cela fait trop d’années d’essai non concluants où la femme n’a pas pu garder le fœtus), et va en fait être transplanté dans l’utérus d’une autre femme, qui va vivre la grossesse, puis céder l’enfant à sa naissance au couple « géniteur ». L’enfant aura l’information génétique des géniteurs (les deux parents, ou bien l’un des parents et le donneur), la « mère-porteuse » ne donnant pas d’information génétique puisque son utérus servira simplement d’incubateur où l’embryon va se développer pendant neuf mois.

Et nous avons regardé le reportage « Mères porteuses : l’enquête qui dérange » que j’ai trouvé assez bien fait, plutôt objectif et présentant donc plusieurs couples ayant opté pour la GPA, de manières et d’autres et pour différentes raisons. Etant déjà bien au fait de la GPA, je n’ai rien appris de particulier à ce sujet, mais je m’intéressais surtout aux raisons qui ont poussé tous ces parents à avoir recours à la GPA à l’étranger.

Le reportage présentait 2 couples ayant choisi la GPA aux USA, 2 autres couples (+ une femme seule, dont le mari n’est pas présent dans le reportage) ayant opté pour l’Ukraine, un couple ayant choisi une mère porteuse illégalement en France, et deux jumelles issues d’une GPA.

Éric et Sarah ont choisi la GPA à Denver, d’où est issue Sarah, et ils ont ainsi eu 3 enfants de 3 mères porteuses différentes. Nicolas et Tom, un autre couple, sont également allé aux USA pour leur GPA.  Aux USA, la GPA est relativement bien encadrée, et les mères porteuses sont rémunérées pour leur grossesse (30 000€ d’après le reportage). Le couple devra par contre débourser en tout plus de 100 000€ entre les frais de voyage, d’agence (car la GPA se fait via une agence qui encadre la gestation). De ce point de vue, on ne peut pas contester le lien humain qui unit le couple à la mère porteuse, même si bien sûr, derrière il y a un intérêt financier. Malheureusement, derrière cet air détendu, chaleureux et humanitaire, on ressent quand même très péniblement le côté transactionnel de ce process « pré-implantation ».

Par exemple, le fameux salon HomoPapa où se rendent Nicolas et Tom : on se retrouve ici sur un salon où des agences de mères porteuses sortent l’artillerie marketing pour attirer les clients. Le déni total de la souffrance de l’infertilité est difficilement supportable à voir : les agences vendent du rêve, vendent un bébé de rêve pour une parentalité parfaite (choix du sexe, du nombre d’enfants, etc.). On croirait un salon de vente de cuisine où l’on peut commander le produit de nos rêves. La technologie actuelle n’est pas encore assez performante pour isoler les gènes des parents de manière assez précise pour choisir la forme du nez et la taille des pieds, mais si cela est un jour possible, quelle différence éthique cela fera-t-il par rapport à ce qui est fait actuellement ? Les agences disent, bien sûr, les phrases ce que tout parent en manque d’enfant rêve d’entendre : « vous allez vivre la grossesse », « ça sera un moment incroyable », « vous vivrez l’accouchement avec la mère porteuse »…

Bien sûr, il n’y a aucun entretien psychologique auprès des parents, qui ont quand même subi différentes années de deuil de fertilité pour la plupart, ou la perte d’un enfant (ont-ils été refusé à l’adoption ? ont-ils VRAIMENT fait le deuil de leur grossesse ? sont-ils prêts à vivre une parentalité différente avec toutes les conséquences que cela implique, tant sur l’explication auprès de l’enfant, que sur son acceptation de la présence d’une tierce personne dans la vie de l’enfant). Les couples que nous avons vus ont l’air ouvert sur ce sujet, mais sans entretien préalable, combien vont mal vivre ce passage, le faire « par défaut » de le porter soi-même et cacher la vérité à l’enfant pour éviter toute remise en question (en tout cas quel encadrement, avant et après l’arrivée de l’enfant, permet de s’assurer que cela n’arrivera pas) ?

Et enfin, on en arrive au drame. Nous décollons pour l’Ukraine dans une agence appelé BioTexCom (centre de médecine reproductive). Rien que le nom et la vidéo de présentation de la société rappelle vraiment celle d’un mauvais film futuriste où les êtres humains se confondent avec des objets. La parenté devient un centre de voyage tout confort, où l’on repart avec un bébé, tant attendu. Bien sûr vendu un prix défiant toute concurrence, même si cela reste encore une somme exorbitante (mais finalement est-ce le coût d’une vie ?) : 50 000€ dans le reportage (et j’ai trouvé 30000€ sur le site de BioTexCom). Les motivations des mères-porteuses sont claires (mais pas clairement exposées sur le site) : elles vivent dans une pauvreté extrême et vendent leur utérus pour gagner de l’argent (10 ans de salaire, nous explique le reportage). On est dans l’exploitation de la souffrance des femmes sous sa forme la plus poussée.

Face à cela, nous avons un couple, assez jeune, en grande souffrance d’enfant :  Stéphanie et François. Ils sont interrogés face à leur contrat où ils doivent choisir un « Pack » sous lequel leur bébé sera vendu. Voici une copie d’écran du site BioTexCom (attention c’est édifiant)

GPA

 

Ce qui me fait le plus mal, c’est bien sur la détresse de ces parents réellement « prêts à tout » pour satisfaire leur besoin d’enfant (quitte à supporter cette formule mal traduite du « paquet tout est compris économe » à coté de cette photo de maman piquée sur un site d’images gratuites). Tout comme pour le salon HomoPapa, nous sommes encore une fois face à un grand déni d’infertilité, poussé à son paroxysme quand la commerciale, Oxana, annonce aux couples que leur mère porteuse a bien été implantée : « Félicitations, vous êtes enceinte ».

Les couples signent leur contrat en 24h, ils referont quelque fois seuls le trajet vers l’Ukraine pour les démarches administratives ou le don de sperme, le suivi de grossesse se passe par téléphone. BioTexCom est une usine d’utérus, il n’y a plus aucun amour dans la conception de l’enfant. Pour tous les couples l’amour dans la conception de l’enfant c’était « avant ». Avant toutes les FIV, les fausses-couches, les larmes. Aujourd’hui, vivre sans enfants est un supplice à leurs yeux et comme pour toute maladie : « aux grands maux les grands remèdes ». Maintenant on arrête de déconner, on va avoir ce « mini-nous » coûte que coûte.

A y regarder de plus près, le fonctionnement est le même qu’aux Etats-Unis, mais pour des raisons de productivité, on a retiré toutes les fioritures humaines (assister à l’accouchement, écrire une jolie lettre de remerciement à la mère porteuse) ce qui dévoile la vraie nature du processus de la GPA, sans la belle enveloppe que l’on y met : des couples commandent un bébé et payent cher (ou pas trop) pour l’avoir, et attendent en retour une « Garantie d’avoir un bébé au bout du parcours », comme le résume si bien Stéphanie elle-même.

Virginie et Laurent, qui ont aussi opté pour l’Ukraine, sont très contents parce qu’ils viennent d’avoir des jumeaux grâce à BioTexCom (ou un concurrent peut-être ?). Pour eux aussi c’est la douleur du petit troisième qui ne venait pas qui les a poussés à commander des jumeaux. « Je n’aurais pas pu être bien dans ma tête s’ils n’étaient pas là » : encore une fois le deuil n’est clairement pas fait. Et le déni parle encore très fort « TOUT LE MONDE EST HEUREUX, ON NE PEUT PAS FAIRE MIEUX ». Sauf la mère porteuse qui, de honte, va cacher sa grossesse à ses proches et ses propres enfants en s’exilant 9 mois loin de chez elle (mais bon elle avait qu’à faire autre chose pour trouver de l’argent, c’est bien elle qui a voulu que ça se passe comme ça, dixit Virginie). Sauf aussi leurs deux enfants restés en France qui n’ont plus vus leurs parents depuis 3 mois car Virginie et Laurent attendent des laisser-passer pour rentrer en France. Sauf enfin les deux jumeaux n’ont aucun papier d’identité (ni ukrainiens, ni français), tout juste ont-ils pu obtenir la sécurité sociale française (tous les enfants nés de cette façon l’ont-ils, au moins ?), donc la fière maman nous dit « je me battrais jusqu’au bout » pour leur obtenir des papiers, pour qu’ils aient une chance d’avoir un avenir quelque part sur Terre.

En faisant quoi je me demande bien ? Peut-être en s’accaparant l’opinion publique en créant une énième chaîne bidon sur Facebook pour dire « Les méchants politiques français ont sacrifiés ces deux enfants (photo Jumeau 1, photo Jumeau 2) car ils ne veulent pas leur donner de papiers, s’il vous plait signez la pétition pour que la GPA soit reconnue en France et qu’on puisse commander encore plus d’enfants (ah non on va pas écrire ça quand même) » mais bon, au final, « on s’en fout un peu parce que au moins maintenant il est là » ? L’avenir de cet enfant est parfaitement secondaire par rapport à mon besoin d’avoir un bébé. Pourquoi ne pas y avoir juste songé PLUS TÔT (une nuit de réflexion nous annonçait-elle fièrement plus tôt dans le reportage) ? Pourquoi demander à la France de reconnaître un procédé de commande de bébés en packs car des gens suffisamment égoïstes et sans scrupules ont contourné les lois pour satisfaire leur besoin d’enfants, en s’excusant par leur « souffrance atroces » qu’était leur infertilité ?

 

Bon et pour terminer sur une note positive, nous abordons enfin dans le reportage les « dérives » (abandon d’enfant commandé parfait livré trisomique DONC abandonnés, décès de mère porteuses, trafic d’enfants). Et pour cela place à la charmante histoire d’Alexandre et Anthony, qui ont eu la belle idée de commander un bébé sur internet auprès d’une femme qui vendait illégalement ses services de mères porteuses et qui a dû se tromper dans les commandes en livrant le bébé à un autre couple (et en fait elle prenait plus la peine de s’inséminer avec le sperme des donneurs, mais revendait en fait ses grossesses non désirées). Bien sûr, elle a désactivé le SAV, laissant le couple homosexuel seuls dans leur tristesse, avec l’horrible voix de leur conscience qui ne doit pas leur dire que des jolies choses. Bref, Alexandre et Anthony ne vont pas mieux 4 ans après et sont prêts à demander à la justice qu’on leur RENDE leur bébé. Qui est la première victime dans tout ça ? Vous pensez à la tristesse et les grosses larmes de crocodiles que versent Alexandre et Anthony ? Peut-être que la première victime c’est celui qui n’a rien demandé : l’enfant, non ?

Cela pourrait sembler normal si l’on compare à des voitures par exemple : admettons que je demande à Toyota de réparer mes plaquettes de freins et que Toyota se trompe et délivre ma voiture réparée à une autre personne. Je vais aller voir Toyota et leur demander manu militari de me rendre MA voiture. Sauf qu’une voiture, ne grandit pas en 4 ans, pour s’attacher à des gens qu’elle va appeler Papa et Maman. Si le couple gagne son procès que va-t-il se passer : l’enfant de 4 ans sera dans sa maison à jouer avec ceux qu’il appelle désormais Papa et Maman, et qu’il aime, quand des gendarmes vont arriver, le prendre par la peau des fesses, lui, son doudou et son berceau, pour le déposer dans la maison de ces deux hommes qu’il ne connait pas et dont on va lui dire qu’il faut les appeler Papa. Puis viendra le temps des questions. Et j’aimerais bien savoir ce qu’ils ont l’intention de lui dire ? Aura-t-il le droit de « remonter à ses origines », voir sa mère porteuse en prison ? Voir ses premiers parents qui l’ont gardé 4 ans ?

 

Au bout du compte, ce reportage m’a convaincu que la Gestation Pour Autrui possède un très sérieux problème d’éthique, quel que soit le modèle présenté dans ce reportage, dans le fond (création d’un bébé sur commande) et parfois dans la forme (usine à utérus). D’autant que je regrette surtout de ne pas avoir plus d’informations sur les vraies motivations des parents ? Pourquoi n’aborde-t-on même pas l’adoption ? On parle de ce reportage comme si la GPA était la SEULE solution au monde pour essayer d’avoir des enfants. Et quid des solutions légales en France ? Quid de l’adoption ? Le parrainage ? Quid de faire son deuil et pouvoir avancer dans la vie en couple sans enfants ? L’adoption est mentionnée UNE FOIS dans le reportage dans cette phrase : « ils ont été découragés par les démarches de l’adoption ». Et moi j’aimerais comprendre qu’est-ce qui dans l’adoption les a découragés que n’avait pas la GPA ? Ont-ils fait une seule démarche pour aller à un rendez-vous d’information seulement ? Ont-ils conscience que la GPA, qui ne les décourage pas, c’est AUSSI être parent « autrement », et que derrière les belles façades des agences de mères porteuses il y a aussi des épreuves qu’ils devront passer qui les mettra face à leur propre infertilité et à leur différence. Pourquoi n’y avait-il aucun autre argument que « leur tristesse » ?

Je n’ai pas de doute que les enfants issus de GPA le vivent bien (peut-être pas tous, mais bon). Les deux jumelles qui sont appelées à témoigner le disent bien : elles sont à l’aise avec leurs origines et vivent mal surtout le regard des gens qui les croient différentes. Elles ne sont pas différentes. Une fois l’enfant arrivés sur Terre, les choses vont se passer normalement. Ce ne sont pas les enfants issus de la GPA qui ont un problème, ce sont leurs parents. Et leur problème est un important problème de deuil principalement. Deuil de vivre la grossesse, deuil de la ressemblance physique, deuil du bébé (pour les couples les plus âgés qui seront orienté sur un projet d’adoption d’enfant de plus de 3 ans). Et l’un des médecins interrogés le résume parfaitement. Pourtant il s’agit de René Friedman (celui qui a permis la naissance du premier bébé éprouvette en France, donc pas totalement opposé à la conception médicalement assistée à priori) : il nous dit « Il faut avoir du courage de refuser cette transaction. On peut vivre sans enfants, ce n’est pas toujours simple […]. Tout n’est pas possible : on ne vit pas éternellement, il y a des maladies, il y a des difficultés, et arrêtons de croire qu’il suffit de claquer des doigts et que ça va marcher ». C’est précisément cela qu’il manque à tous les couples que j’ai vu dans ce reportage. Je ne peux que compatir à leur souffrance, car je la vis aussi. Mais en aucun cas acheter un enfant, le commander, nier sa propre infertilité en se faisant dire « Bravo vous êtes enceinte », n’aide qui que ce soit à aller mieux et à accepter la vérité.

Il est évident que ces parents-là sont malheureux, et bien sûr, malgré mon cynisme je comprend leur douleur et leurs difficulté. Je sais que ces couples-là, s’ils vont à une réunion d’information d’adoption et qu’on leur dit : « il n’existe pas un Droit à être parent. Le fait d’être un couple, de s’aimer et d’avoir beaucoup d’argent ne donne pas systématiquement le droit d’avoir un bébé. », ils ne vont pas particulièrement être séduits (en tout cas moins que par la promesse d’un bébé garanti et les belles images de BioTexCom). C’est vrai la GPA leur offre deux avantages par rapport à tous les autres moyens : 1. la GARANTIE d’avoir un bébé (encore que certaines mauvaises expériences montre qu’il peut y avoir un « problème » et que l’enfant n’arrive pas), 2. Un bébé qui ressemble. Un « mini-nous » tellement plus acceptable socialement. D’ailleurs, pourquoi aucun parent n’a eu l’honnêteté de dire tout simplement : « je voulais passer par la mère porteuse parce que je voulais que mon enfant me ressemble », ce qui est quand MEGA IMPORTANT pour ceux qui apprennent qu’ils ne pourront pas porter leur enfants, j’en sais quelque chose. Pourquoi n’ont-ils pas parlé de ça ? Car cela les placerait face à la vanité de leur conception de la parentalité ? Parce qu’il est plus acceptable socialement de commander un bébé, que d’avouer que notre enfant n’a pas notre patrimoine génétique ?

Mais si tous ces parents décident d’aller un peu plus loin dans la démarche d’adoption, ils vont pouvoir se confronter directement à leur problème, leur vision de la parentalité, leurs propres angoisses pour pouvoir essayer de les solutionner, comprendre que leur crainte de ne pas avoir un enfant qui leur ressemble est normale mais que ce n’est pas CA qui fait que nous sommes les parents de nos enfants, et d’établir avec l’aide de leur Conseil Général un projet d’agrément qui soit cohérent avec leur vision de la parentalité, et leur désir, avec tout de même un risque que cela ne marche peut-être pas, car encore une fois, on ne commande pas un enfant. (Encore faut-il AUSSI éviter toutes les dérives de l’adoption : démarches individuelles avec des trafiquants d’enfants, etc.)

Et c’est justement parce qu’il existe d’autres solutions, qui ne posent pas de problèmes d’éthique, parce que vivre sans enfants est possible, et que nous acceptons ce risque, parce que la souffrance n’excuse pas tout que je n’arrive pas à être pour la GPA et que nous n’y avons pas recours.

Premier RDV post-agrément, et réflexion sur la question des origines

Hello !!

C’est en cette semaine de joyeux déluge que nous avons revu Mme G., notre assistante sociale du Conseil général, chez nous, pour un premier entretien « post-agrément ».

Encore une fois, comme c’est presque chaque fois le cas avec ce genre de rendez-vous, nous ne savions pas du tout à quelle sauce nous allions être mangés : à peine 6 mois après notre agrément, qu’allions-nous avoir d’intéressant à dire ou à entendre concernant notre projet ? Quelles « modifications » étions-nous sensés demander concernant notre notice d’agrément. Nous n’en avions bien sur aucune, et nos démarches, durant Janvier, ne se sont soldées que par 2 nouvelles inscriptions sur des listes de 2 départements différents du notre… Et cela nous lui avions déjà dit par téléphone…

Bref, quoi qu’il en soit, nous attendions avec impatience ce rendez-vous qui serait un nouveau temps-fort de notre démarche (vu que nous sommes actuellement en « attente », ce genre de petits événements sont toujours les bienvenus pour rythmer un peu cette attente), mais aussi avec un peu d’appréhension de peur de n’avoir rien à dire et de passer donc pour un couple un peu passif et nonchalant vis-à-vis de notre projet.

Bien au contraire, le rendez-vous a été fort instructif, nous nous sommes quittés au bout d’une heure et nous aurions pu continuer à parler de notre projet pendant plusieurs heures encore. Nous avons fait un rapide tour d’horizon de là où nous en étions, et elle n’a pas été surprise de la faible avancée de notre projet si récent.

Après nous avoir dit de ne pas nous décourager car nous avions un bon dossier et que si nous n’avons toujours pas été appelé c’est aussi parce qu’ils sont bien obligés de tenir « un peu » compte du temps d’attente des dossiers avant nous, et cela se comprend aisément ; il y a aussi d’autres personnes qui attendent depuis plus de deux ou trois ans et qui méritent aussi d’avoir leur chance à leur tour. Pour autant j’aimerais bien que notre dossier ne prenne pas autant de temps, car cela est long d’attendre :(

Elle nous a ensuite mis des étoiles dans les yeux en nous racontant l’adoption d’un bébé pupille de l’état. Comment nous serions appelé. Ce que nous ferions les premiers jours avec le bébé dans sa famille d’accueil ou à la pouponnière. Au bout de combien de temps le bébé viendrait à la maison, etc etc… (autant dire que nous buvions ses paroles avec des images féeriques dans la tête). Mais elle nous a aussi parlé des risques potentiels à l’adoption, aux exigences particulières de ces enfants adoptés, tout au long de leur enfance et de leur vie, elle nous a parlé de l’impact de la « blessure primitive » que représente l’abandon… Et nous a orienté vers quelque lectures qui pourraient nous intéresser et répondre à nos questions concernant les besoins spécifiques des enfants adoptés, même si ce sont AUSSI des enfants comme tous les autres, et qu’ils n’auront pas besoin d’une éducation particulière sur de nombreux sujets ; pour autant, et ce surtout pendant les périodes de questionnement de l’enfant, il y a des attitudes, des mots, des gestes qui passent généralement inaperçue dans l’éducation d’un enfant dit « biologique » mais qui pourraient blesser un enfant adopté, lui rappeler qu’il a été abandonné un jour, et dégrader le lien qui l’unit à ses parents adoptifs.

J’ai donc immédiatement acheté les livres qu’elle nous a cités (plus quelque autres aussi). A ce jour j’ai commencé un livre vraiment TRÈS intéressant  : DESTINS DE L’ADOPTION, qui nous parle des causes des échecs d’adoption, lorsque le lien entre parents adoptifs et enfants adoptés est brisé. A cette heure je n’en suis qu’au chapitre 2. Et pourtant, ce livre a déjà remis en cause de nombreuses idées reçues que j’avais moi-même sur l’adoption (malgré le stade relativement avancé de notre réflexion sur le sujet).

J’ai notamment été très étonnée de son avis concernant la loi sur le droit d’accès aux origines, car actuellement, une loi prévoit que tous les enfants adoptés (ou non) ont le droit, dès leur majorité de connaitre leurs origines (si celles-ci ont été fournies par le géniteur) et qui autorise donc cet enfant à effectuer toutes les recherches, puis à prendre contact avec son « parent » retrouvé. Jusqu’à présent il nous avait été présenté, et nous trouvions d’ailleurs, normal que tout soit mis en oeuvre pour permettre à l’enfant adopté de retrouver sa mère biologique, comme il en fait régulièrement la demande au cours de son enfance. Mais le pedo-psychiatre auteur de ce livre nous indique, à juste titre, que la demande de retrouver sa mère biologique, exprimée par un enfant n’est en fait qu’un substitut, un retranchement, dans lequel il se réfugie lorsqu’il sent qu’il s’éloigne de sa famille adoptive, où lorsqu’il interroge la légitimité de sa famille d’adoption. En effet, dans notre société, il est fréquent, voir quotidien, d’entendre des allusions à la primauté du lien du sang, sur le lien psychique, qui unit un parent à son enfant, et surtout, une mère à son enfant. Dans notre société qui fait de la maternité un idéal de vie, une réalisation sacrée de la maternité biblique, et qui établit un lien indélébile entre une « mère biologique » et l’enfant qu’elle a porté, un enfant adopté ne peut que se demander quelle légitimité peut avoir une mère adoptive. Par conséquent, dès qu’il va être confronté à ce genre d’image, et s’il n’obtient pas de réponse satisfaisante auprès de ses parents biologique à ses questions (formulées, ou non), il va se sentir obligé de penser que quelque part, il a une « vraie » mère, sa mère biologique, auprès de laquelle un tel lien pourra vraiment exister. D’après ce livre, c’est en réponse à ce fantasme que l’enfant va avoir une volonté (et/ou obsession) de retrouver ses origines. Du coup, l’état lui-même, en favorisant ce droit depuis seulement 2002, au détriment de la liberté individuelle et la protection de l’anonymat, encourage juste ce schéma de pensée que RIEN ne remplace une « vraie » maman, alors que l’enfant qui formule une telle demande de retourner dans son pays d’origine, n’attend généralement rien d’autre qu’une confirmation que ses parents adoptifs sont bel et bien ses VRAIS parents, puisqu’eux aussi l’ont désiré, puis attendu, se sont battus pour l’avoir, et l’aiment aussi inconditionnellement qu’une mère biologique qui choisit d’élever ses enfants. Accéder directement à sa requête de recherche des origines, c’est simplement confirmer ses craintes, c’est ne plus se reconnaître complètement comme le vrai parent, c’est lui dire : « c’est vrai, il y a quelqu’un ailleurs qui t’apportera ce lien que je peux pas t’apporter ».

De mon point de vue, il n’est pas nécessairement exclu de se rendre au pays d’origine de l’enfant, mais c’est la première fois que je réfléchis à ce que cache réellement la demande d’un enfant à retrouver ses origines. J’interroge du coup d’autant plus tous les reportages que j’ai pu voir qui parlaient du besoin impérieux de certains enfants (ou adultes) de retrouver leur origines, de se confronter à leur mère biologique… Il y a certainement 2 poids 2 mesures dans ce genre de sujets ; certains ont sans doute complètement intégré leur adoption et ont juste une curiosité naturelle qui les pousse à poser des questions, et trouver des réponses, mais dans certains autres cas, cette obsession de retrouver leurs origines, sans quoi ils ne se sentent pas capables de vivre pleinement ne provient-elle pas d’un manque de légitimité de leur parents adoptifs dans l’esprit de ces adultes adoptés ? Des réponses qu’ils se sont posés enfants (encore une fois sans forcément les formuler) et auxquelles les parents adoptifs n’ont pas su répondre avec les bons mots, les bons gestes ; ceux qui rassurent et qui ne laisse aucun doute possible sur leur propre assurance d’être les VRAIS PARENTS.

Je n’en suis qu’au deuxième chapitre et j’ai déjà tant de matière sur laquelle réfléchir, que j’ai hâte de lire la suite.

Je ne peux donc que vous conseiller de le lire au plus vite si vous aussi vous vous interrogez sur l’adoption !

Bisous !


Contact Me

Vous devez être connecté à votre compte pour me contacter

Instagram

  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image
  • Instagram Image

Suivez-moi


Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus