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L’attente, cette chance ?

Hello !

L’hiver est enfin passé. Ces derniers mois sont passés si vite que mon précédent post ne parait alors plus qu’un lointain mauvais souvenir où l’attente me semblait interminable, et notre projet d’adoption était enlisé dans les méandres invisibles de l’administration.

Alors qu’arrivent les vacances d’été, nos questions et nos doutes laissent place à la légèreté et les projets de sorties en amoureux. Même notre projet d’adoption a fait un nouveau (petit) pas avec la rencontre de Mme L. qui gère à présent notre dossier. Je reprend confiance et espoir et je m’arme d’une patience nouvelle qui tiendra encore longtemps. Dans le magazine « Accueil », qui est un petit trimestriel que nous recevons via l’EFA, qui porte sur différents sujets de l’adoption, un article traitait du sujet de l’Attente. Cela me fait penser à la notion d’élasticité du temps dont l’adoption nous fait encore plus prendre conscience. Vous aussi vous connaissez ce sentiment que le temps passe beaucoup plus vite lorsque vous êtes pressés, et très lentement lorsque vous vous ennuyez. L’attente d’un enfant dont on ne connait pas la date d’arrivée, ni en mois, ni en année, nous amène inlassablement à ce rapport au temps si particulier : beaucoup d’évenements nous rappelle à quel point l’attente est longue : un nouvel anniversaire, l’arrivée d’un bébé dans un foyer d’amis ou de proches, etc. C’est dans ces moments-là que la question revient « Et moi? Quand est-ce que mon tour viendra ? ». Si je devais résumer mon attente en un seul mot, je dirais instinctivement « LONGUE ». Pourtant, alors que nous n’avons qu’un an et demi d’agrément, il faut se rendre à l’évidence, nous ne sommes qu’au début de cette attente qui peut parfois durer 5, 10 ans chez certains couples, et 3 ans en moyenne. Nous connaissions ces informations et nous sommes donc bien obligés de constater qu’en fait, non, notre attente n’est pas particulièrement longue après tout. La question reste : « Que faire pendant cette attente ? Comment la mettre à profit pour notre projet » ? Depuis que nous avons obtenu l’agrément, nous avons continué de nous renseigner, d’imaginer la vie à trois, de faire des projets ça et là, ce qui fait du bien et du mal en même temps, car comme un gentil enfant qui fait bien ses devoirs, on a tendance à penser « et maintenant que j’ai bien travaillé, est-ce que j’ai droit à une récompense ». Mais bien sur, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.

Paradoxalement, il y a certains moment où je me dis « Imagine, on t’appelle AUJOURD’HUI pour te dire que vous avez un enfant ». Et bien souvent c’est la panique car je me dit : TOUT mais pas tout de suite. Car nous avons prévu une sortie qui me tiens beaucoup à cœur, Parce que j’ai beaucoup de boulot au travail que je dois terminer. Parce que j’ai juste envie de passer des nuits blanches à regarder ma série préférée avec mon chéri. Parce que… parce que… Bien sur, si vraiment on nous appelait pour nous dire que nous aurions un enfant, la joie serait la plus forte BIEN SUR, et tout le reste nous paraîtrait secondaire. Mais au quotidien,ce sont tant de raisons pour lesquelles nous arrivons à supporter l’attente car nous sommes HEUREUX et que l’absence d’un enfant ne nous empêche pas du tout de vivre pleinement et d’avoir des projets.

Et finalement, je me demande si cette attente n’est pas aussi quelque part une certaine chance. Quand je regarde autours de moi le nombre de personnes qui se sont précipitées dans la parentalité, et qui aujourd’hui me disent « Profite surtout, profite! ». Même si à chaque fois cela me fait un peu grincer des dents quand on me dit ça, j’essaye quand même de relativiser et me dire qu’effectivement, quel mélange de bonheur et de chamboulement que l’arrivée d’un enfant, et je suis heureuse que notre situation fasse que ce chamboulement ne soit pas pris à la légère. L’attente a permis à notre couple de prendre le temps de se questionner sur les vrais projets à faire en amoureux et développer des passions communes. Combien de couples peuvent se vanter d’avoir vécu 11 années rien qu’en amoureux ? Combien aurait réussi à bâtir quelque chose sans combler le vide par un enfant ? Je suis très heureuse de pouvoir me dire que lorsque l’enfant arrivera, il viendra s’ajouter à la liste des choses que nous partageons et ne viendra pas se substituer à elles pour n’être plus finalement que le seul point commun avec mon mari.

C’est pour cette raison que je me demande finalement si cette LOOOONGUE attente, qui inspire à priori la pitié, ne serait-elle pas au final une vraie chance pour nous ?

 

LA GPA : Pourquoi pas nous ?

Hello !

Cela m’a pris quelque temps pour rassembler mes idées depuis le reportage de Dimanche soir sur M6, dans Zone Interdite, qui parlait de la Gestation Pour Autrui. Avec V. nous avons bien sur regardé le reportage avec une grande attention. Bien sûr, ce sujet de la GPA est un sujet très récurrent dans notre existence. Déjà car la question s’est directement posée à nous, que parmi mes rencontres de personnes infertiles (SIA ou non) certaines envisagent la GPA, militent pour sa légalisation, y ont parfois eu recours.

Et enfin car, en tant que postulants à l’adoption, nous sommes toujours confrontés aux conseils bien-attentionnés des personnes qui ne veulent que notre bien et qui nous disent qu’ils ont entendu dire que la GPA c’était une belle solution aussi et que ça se fait de plus en plus à l’étranger, alors pourquoi pas nous ?

Pourquoi pas nous, c’est vrai ça ? Après tout, nous sommes stériles. Après tout, nous aussi nous voulons un bébé. Après tout, nous sommes ensemble depuis 10 ans, cela fait déjà 3 ans que nous avons décidé de fonder notre famille à nous. Alors ?

J’ai longtemps hésité avant de faire cet article, parce qu’il choquera mes amies qui rêvent de voir naître leur enfant d’une mère-porteuse, mes proches qui veulent notre bien, mais en voyant ce reportage, à la lumière de nos 2 années de démarches dans l’adoption, j’ai quand même besoin de te dire « pourquoi pas nous ».

Donc si tu viens d’une autre planète, je vais te résumer vite fait bien fait la GPA. Tu es un couple (homo ou hétéro) et tu ne peux pas avoir d’enfants. On va donc prendre l’information génétique de l’un et de l’autre (ou d’un donneur) pour le combiner avec celui de ta partenaire (comme la fécondation in-vitro) mais l’embryon ainsi formé va être transplanté non pas dans le ventre d’un des parents, comme dans la fécondation in-vitro (soit parce qu’il n’y a pas de femme dans le couple, soit parce que la femme n’a pas d’utérus, ou que cela fait trop d’années d’essai non concluants où la femme n’a pas pu garder le fœtus), et va en fait être transplanté dans l’utérus d’une autre femme, qui va vivre la grossesse, puis céder l’enfant à sa naissance au couple « géniteur ». L’enfant aura l’information génétique des géniteurs (les deux parents, ou bien l’un des parents et le donneur), la « mère-porteuse » ne donnant pas d’information génétique puisque son utérus servira simplement d’incubateur où l’embryon va se développer pendant neuf mois.

Et nous avons regardé le reportage « Mères porteuses : l’enquête qui dérange » que j’ai trouvé assez bien fait, plutôt objectif et présentant donc plusieurs couples ayant opté pour la GPA, de manières et d’autres et pour différentes raisons. Etant déjà bien au fait de la GPA, je n’ai rien appris de particulier à ce sujet, mais je m’intéressais surtout aux raisons qui ont poussé tous ces parents à avoir recours à la GPA à l’étranger.

Le reportage présentait 2 couples ayant choisi la GPA aux USA, 2 autres couples (+ une femme seule, dont le mari n’est pas présent dans le reportage) ayant opté pour l’Ukraine, un couple ayant choisi une mère porteuse illégalement en France, et deux jumelles issues d’une GPA.

Éric et Sarah ont choisi la GPA à Denver, d’où est issue Sarah, et ils ont ainsi eu 3 enfants de 3 mères porteuses différentes. Nicolas et Tom, un autre couple, sont également allé aux USA pour leur GPA.  Aux USA, la GPA est relativement bien encadrée, et les mères porteuses sont rémunérées pour leur grossesse (30 000€ d’après le reportage). Le couple devra par contre débourser en tout plus de 100 000€ entre les frais de voyage, d’agence (car la GPA se fait via une agence qui encadre la gestation). De ce point de vue, on ne peut pas contester le lien humain qui unit le couple à la mère porteuse, même si bien sûr, derrière il y a un intérêt financier. Malheureusement, derrière cet air détendu, chaleureux et humanitaire, on ressent quand même très péniblement le côté transactionnel de ce process « pré-implantation ».

Par exemple, le fameux salon HomoPapa où se rendent Nicolas et Tom : on se retrouve ici sur un salon où des agences de mères porteuses sortent l’artillerie marketing pour attirer les clients. Le déni total de la souffrance de l’infertilité est difficilement supportable à voir : les agences vendent du rêve, vendent un bébé de rêve pour une parentalité parfaite (choix du sexe, du nombre d’enfants, etc.). On croirait un salon de vente de cuisine où l’on peut commander le produit de nos rêves. La technologie actuelle n’est pas encore assez performante pour isoler les gènes des parents de manière assez précise pour choisir la forme du nez et la taille des pieds, mais si cela est un jour possible, quelle différence éthique cela fera-t-il par rapport à ce qui est fait actuellement ? Les agences disent, bien sûr, les phrases ce que tout parent en manque d’enfant rêve d’entendre : « vous allez vivre la grossesse », « ça sera un moment incroyable », « vous vivrez l’accouchement avec la mère porteuse »…

Bien sûr, il n’y a aucun entretien psychologique auprès des parents, qui ont quand même subi différentes années de deuil de fertilité pour la plupart, ou la perte d’un enfant (ont-ils été refusé à l’adoption ? ont-ils VRAIMENT fait le deuil de leur grossesse ? sont-ils prêts à vivre une parentalité différente avec toutes les conséquences que cela implique, tant sur l’explication auprès de l’enfant, que sur son acceptation de la présence d’une tierce personne dans la vie de l’enfant). Les couples que nous avons vus ont l’air ouvert sur ce sujet, mais sans entretien préalable, combien vont mal vivre ce passage, le faire « par défaut » de le porter soi-même et cacher la vérité à l’enfant pour éviter toute remise en question (en tout cas quel encadrement, avant et après l’arrivée de l’enfant, permet de s’assurer que cela n’arrivera pas) ?

Et enfin, on en arrive au drame. Nous décollons pour l’Ukraine dans une agence appelé BioTexCom (centre de médecine reproductive). Rien que le nom et la vidéo de présentation de la société rappelle vraiment celle d’un mauvais film futuriste où les êtres humains se confondent avec des objets. La parenté devient un centre de voyage tout confort, où l’on repart avec un bébé, tant attendu. Bien sûr vendu un prix défiant toute concurrence, même si cela reste encore une somme exorbitante (mais finalement est-ce le coût d’une vie ?) : 50 000€ dans le reportage (et j’ai trouvé 30000€ sur le site de BioTexCom). Les motivations des mères-porteuses sont claires (mais pas clairement exposées sur le site) : elles vivent dans une pauvreté extrême et vendent leur utérus pour gagner de l’argent (10 ans de salaire, nous explique le reportage). On est dans l’exploitation de la souffrance des femmes sous sa forme la plus poussée.

Face à cela, nous avons un couple, assez jeune, en grande souffrance d’enfant :  Stéphanie et François. Ils sont interrogés face à leur contrat où ils doivent choisir un « Pack » sous lequel leur bébé sera vendu. Voici une copie d’écran du site BioTexCom (attention c’est édifiant)

GPA

 

Ce qui me fait le plus mal, c’est bien sur la détresse de ces parents réellement « prêts à tout » pour satisfaire leur besoin d’enfant (quitte à supporter cette formule mal traduite du « paquet tout est compris économe » à coté de cette photo de maman piquée sur un site d’images gratuites). Tout comme pour le salon HomoPapa, nous sommes encore une fois face à un grand déni d’infertilité, poussé à son paroxysme quand la commerciale, Oxana, annonce aux couples que leur mère porteuse a bien été implantée : « Félicitations, vous êtes enceinte ».

Les couples signent leur contrat en 24h, ils referont quelque fois seuls le trajet vers l’Ukraine pour les démarches administratives ou le don de sperme, le suivi de grossesse se passe par téléphone. BioTexCom est une usine d’utérus, il n’y a plus aucun amour dans la conception de l’enfant. Pour tous les couples l’amour dans la conception de l’enfant c’était « avant ». Avant toutes les FIV, les fausses-couches, les larmes. Aujourd’hui, vivre sans enfants est un supplice à leurs yeux et comme pour toute maladie : « aux grands maux les grands remèdes ». Maintenant on arrête de déconner, on va avoir ce « mini-nous » coûte que coûte.

A y regarder de plus près, le fonctionnement est le même qu’aux Etats-Unis, mais pour des raisons de productivité, on a retiré toutes les fioritures humaines (assister à l’accouchement, écrire une jolie lettre de remerciement à la mère porteuse) ce qui dévoile la vraie nature du processus de la GPA, sans la belle enveloppe que l’on y met : des couples commandent un bébé et payent cher (ou pas trop) pour l’avoir, et attendent en retour une « Garantie d’avoir un bébé au bout du parcours », comme le résume si bien Stéphanie elle-même.

Virginie et Laurent, qui ont aussi opté pour l’Ukraine, sont très contents parce qu’ils viennent d’avoir des jumeaux grâce à BioTexCom (ou un concurrent peut-être ?). Pour eux aussi c’est la douleur du petit troisième qui ne venait pas qui les a poussés à commander des jumeaux. « Je n’aurais pas pu être bien dans ma tête s’ils n’étaient pas là » : encore une fois le deuil n’est clairement pas fait. Et le déni parle encore très fort « TOUT LE MONDE EST HEUREUX, ON NE PEUT PAS FAIRE MIEUX ». Sauf la mère porteuse qui, de honte, va cacher sa grossesse à ses proches et ses propres enfants en s’exilant 9 mois loin de chez elle (mais bon elle avait qu’à faire autre chose pour trouver de l’argent, c’est bien elle qui a voulu que ça se passe comme ça, dixit Virginie). Sauf aussi leurs deux enfants restés en France qui n’ont plus vus leurs parents depuis 3 mois car Virginie et Laurent attendent des laisser-passer pour rentrer en France. Sauf enfin les deux jumeaux n’ont aucun papier d’identité (ni ukrainiens, ni français), tout juste ont-ils pu obtenir la sécurité sociale française (tous les enfants nés de cette façon l’ont-ils, au moins ?), donc la fière maman nous dit « je me battrais jusqu’au bout » pour leur obtenir des papiers, pour qu’ils aient une chance d’avoir un avenir quelque part sur Terre.

En faisant quoi je me demande bien ? Peut-être en s’accaparant l’opinion publique en créant une énième chaîne bidon sur Facebook pour dire « Les méchants politiques français ont sacrifiés ces deux enfants (photo Jumeau 1, photo Jumeau 2) car ils ne veulent pas leur donner de papiers, s’il vous plait signez la pétition pour que la GPA soit reconnue en France et qu’on puisse commander encore plus d’enfants (ah non on va pas écrire ça quand même) » mais bon, au final, « on s’en fout un peu parce que au moins maintenant il est là » ? L’avenir de cet enfant est parfaitement secondaire par rapport à mon besoin d’avoir un bébé. Pourquoi ne pas y avoir juste songé PLUS TÔT (une nuit de réflexion nous annonçait-elle fièrement plus tôt dans le reportage) ? Pourquoi demander à la France de reconnaître un procédé de commande de bébés en packs car des gens suffisamment égoïstes et sans scrupules ont contourné les lois pour satisfaire leur besoin d’enfants, en s’excusant par leur « souffrance atroces » qu’était leur infertilité ?

 

Bon et pour terminer sur une note positive, nous abordons enfin dans le reportage les « dérives » (abandon d’enfant commandé parfait livré trisomique DONC abandonnés, décès de mère porteuses, trafic d’enfants). Et pour cela place à la charmante histoire d’Alexandre et Anthony, qui ont eu la belle idée de commander un bébé sur internet auprès d’une femme qui vendait illégalement ses services de mères porteuses et qui a dû se tromper dans les commandes en livrant le bébé à un autre couple (et en fait elle prenait plus la peine de s’inséminer avec le sperme des donneurs, mais revendait en fait ses grossesses non désirées). Bien sûr, elle a désactivé le SAV, laissant le couple homosexuel seuls dans leur tristesse, avec l’horrible voix de leur conscience qui ne doit pas leur dire que des jolies choses. Bref, Alexandre et Anthony ne vont pas mieux 4 ans après et sont prêts à demander à la justice qu’on leur RENDE leur bébé. Qui est la première victime dans tout ça ? Vous pensez à la tristesse et les grosses larmes de crocodiles que versent Alexandre et Anthony ? Peut-être que la première victime c’est celui qui n’a rien demandé : l’enfant, non ?

Cela pourrait sembler normal si l’on compare à des voitures par exemple : admettons que je demande à Toyota de réparer mes plaquettes de freins et que Toyota se trompe et délivre ma voiture réparée à une autre personne. Je vais aller voir Toyota et leur demander manu militari de me rendre MA voiture. Sauf qu’une voiture, ne grandit pas en 4 ans, pour s’attacher à des gens qu’elle va appeler Papa et Maman. Si le couple gagne son procès que va-t-il se passer : l’enfant de 4 ans sera dans sa maison à jouer avec ceux qu’il appelle désormais Papa et Maman, et qu’il aime, quand des gendarmes vont arriver, le prendre par la peau des fesses, lui, son doudou et son berceau, pour le déposer dans la maison de ces deux hommes qu’il ne connait pas et dont on va lui dire qu’il faut les appeler Papa. Puis viendra le temps des questions. Et j’aimerais bien savoir ce qu’ils ont l’intention de lui dire ? Aura-t-il le droit de « remonter à ses origines », voir sa mère porteuse en prison ? Voir ses premiers parents qui l’ont gardé 4 ans ?

 

Au bout du compte, ce reportage m’a convaincu que la Gestation Pour Autrui possède un très sérieux problème d’éthique, quel que soit le modèle présenté dans ce reportage, dans le fond (création d’un bébé sur commande) et parfois dans la forme (usine à utérus). D’autant que je regrette surtout de ne pas avoir plus d’informations sur les vraies motivations des parents ? Pourquoi n’aborde-t-on même pas l’adoption ? On parle de ce reportage comme si la GPA était la SEULE solution au monde pour essayer d’avoir des enfants. Et quid des solutions légales en France ? Quid de l’adoption ? Le parrainage ? Quid de faire son deuil et pouvoir avancer dans la vie en couple sans enfants ? L’adoption est mentionnée UNE FOIS dans le reportage dans cette phrase : « ils ont été découragés par les démarches de l’adoption ». Et moi j’aimerais comprendre qu’est-ce qui dans l’adoption les a découragés que n’avait pas la GPA ? Ont-ils fait une seule démarche pour aller à un rendez-vous d’information seulement ? Ont-ils conscience que la GPA, qui ne les décourage pas, c’est AUSSI être parent « autrement », et que derrière les belles façades des agences de mères porteuses il y a aussi des épreuves qu’ils devront passer qui les mettra face à leur propre infertilité et à leur différence. Pourquoi n’y avait-il aucun autre argument que « leur tristesse » ?

Je n’ai pas de doute que les enfants issus de GPA le vivent bien (peut-être pas tous, mais bon). Les deux jumelles qui sont appelées à témoigner le disent bien : elles sont à l’aise avec leurs origines et vivent mal surtout le regard des gens qui les croient différentes. Elles ne sont pas différentes. Une fois l’enfant arrivés sur Terre, les choses vont se passer normalement. Ce ne sont pas les enfants issus de la GPA qui ont un problème, ce sont leurs parents. Et leur problème est un important problème de deuil principalement. Deuil de vivre la grossesse, deuil de la ressemblance physique, deuil du bébé (pour les couples les plus âgés qui seront orienté sur un projet d’adoption d’enfant de plus de 3 ans). Et l’un des médecins interrogés le résume parfaitement. Pourtant il s’agit de René Friedman (celui qui a permis la naissance du premier bébé éprouvette en France, donc pas totalement opposé à la conception médicalement assistée à priori) : il nous dit « Il faut avoir du courage de refuser cette transaction. On peut vivre sans enfants, ce n’est pas toujours simple […]. Tout n’est pas possible : on ne vit pas éternellement, il y a des maladies, il y a des difficultés, et arrêtons de croire qu’il suffit de claquer des doigts et que ça va marcher ». C’est précisément cela qu’il manque à tous les couples que j’ai vu dans ce reportage. Je ne peux que compatir à leur souffrance, car je la vis aussi. Mais en aucun cas acheter un enfant, le commander, nier sa propre infertilité en se faisant dire « Bravo vous êtes enceinte », n’aide qui que ce soit à aller mieux et à accepter la vérité.

Il est évident que ces parents-là sont malheureux, et bien sûr, malgré mon cynisme je comprend leur douleur et leurs difficulté. Je sais que ces couples-là, s’ils vont à une réunion d’information d’adoption et qu’on leur dit : « il n’existe pas un Droit à être parent. Le fait d’être un couple, de s’aimer et d’avoir beaucoup d’argent ne donne pas systématiquement le droit d’avoir un bébé. », ils ne vont pas particulièrement être séduits (en tout cas moins que par la promesse d’un bébé garanti et les belles images de BioTexCom). C’est vrai la GPA leur offre deux avantages par rapport à tous les autres moyens : 1. la GARANTIE d’avoir un bébé (encore que certaines mauvaises expériences montre qu’il peut y avoir un « problème » et que l’enfant n’arrive pas), 2. Un bébé qui ressemble. Un « mini-nous » tellement plus acceptable socialement. D’ailleurs, pourquoi aucun parent n’a eu l’honnêteté de dire tout simplement : « je voulais passer par la mère porteuse parce que je voulais que mon enfant me ressemble », ce qui est quand MEGA IMPORTANT pour ceux qui apprennent qu’ils ne pourront pas porter leur enfants, j’en sais quelque chose. Pourquoi n’ont-ils pas parlé de ça ? Car cela les placerait face à la vanité de leur conception de la parentalité ? Parce qu’il est plus acceptable socialement de commander un bébé, que d’avouer que notre enfant n’a pas notre patrimoine génétique ?

Mais si tous ces parents décident d’aller un peu plus loin dans la démarche d’adoption, ils vont pouvoir se confronter directement à leur problème, leur vision de la parentalité, leurs propres angoisses pour pouvoir essayer de les solutionner, comprendre que leur crainte de ne pas avoir un enfant qui leur ressemble est normale mais que ce n’est pas CA qui fait que nous sommes les parents de nos enfants, et d’établir avec l’aide de leur Conseil Général un projet d’agrément qui soit cohérent avec leur vision de la parentalité, et leur désir, avec tout de même un risque que cela ne marche peut-être pas, car encore une fois, on ne commande pas un enfant. (Encore faut-il AUSSI éviter toutes les dérives de l’adoption : démarches individuelles avec des trafiquants d’enfants, etc.)

Et c’est justement parce qu’il existe d’autres solutions, qui ne posent pas de problèmes d’éthique, parce que vivre sans enfants est possible, et que nous acceptons ce risque, parce que la souffrance n’excuse pas tout que je n’arrive pas à être pour la GPA et que nous n’y avons pas recours.

Premier RDV post-agrément, et réflexion sur la question des origines

Hello !!

C’est en cette semaine de joyeux déluge que nous avons revu Mme G., notre assistante sociale du Conseil général, chez nous, pour un premier entretien « post-agrément ».

Encore une fois, comme c’est presque chaque fois le cas avec ce genre de rendez-vous, nous ne savions pas du tout à quelle sauce nous allions être mangés : à peine 6 mois après notre agrément, qu’allions-nous avoir d’intéressant à dire ou à entendre concernant notre projet ? Quelles « modifications » étions-nous sensés demander concernant notre notice d’agrément. Nous n’en avions bien sur aucune, et nos démarches, durant Janvier, ne se sont soldées que par 2 nouvelles inscriptions sur des listes de 2 départements différents du notre… Et cela nous lui avions déjà dit par téléphone…

Bref, quoi qu’il en soit, nous attendions avec impatience ce rendez-vous qui serait un nouveau temps-fort de notre démarche (vu que nous sommes actuellement en « attente », ce genre de petits événements sont toujours les bienvenus pour rythmer un peu cette attente), mais aussi avec un peu d’appréhension de peur de n’avoir rien à dire et de passer donc pour un couple un peu passif et nonchalant vis-à-vis de notre projet.

Bien au contraire, le rendez-vous a été fort instructif, nous nous sommes quittés au bout d’une heure et nous aurions pu continuer à parler de notre projet pendant plusieurs heures encore. Nous avons fait un rapide tour d’horizon de là où nous en étions, et elle n’a pas été surprise de la faible avancée de notre projet si récent.

Après nous avoir dit de ne pas nous décourager car nous avions un bon dossier et que si nous n’avons toujours pas été appelé c’est aussi parce qu’ils sont bien obligés de tenir « un peu » compte du temps d’attente des dossiers avant nous, et cela se comprend aisément ; il y a aussi d’autres personnes qui attendent depuis plus de deux ou trois ans et qui méritent aussi d’avoir leur chance à leur tour. Pour autant j’aimerais bien que notre dossier ne prenne pas autant de temps, car cela est long d’attendre :(

Elle nous a ensuite mis des étoiles dans les yeux en nous racontant l’adoption d’un bébé pupille de l’état. Comment nous serions appelé. Ce que nous ferions les premiers jours avec le bébé dans sa famille d’accueil ou à la pouponnière. Au bout de combien de temps le bébé viendrait à la maison, etc etc… (autant dire que nous buvions ses paroles avec des images féeriques dans la tête). Mais elle nous a aussi parlé des risques potentiels à l’adoption, aux exigences particulières de ces enfants adoptés, tout au long de leur enfance et de leur vie, elle nous a parlé de l’impact de la « blessure primitive » que représente l’abandon… Et nous a orienté vers quelque lectures qui pourraient nous intéresser et répondre à nos questions concernant les besoins spécifiques des enfants adoptés, même si ce sont AUSSI des enfants comme tous les autres, et qu’ils n’auront pas besoin d’une éducation particulière sur de nombreux sujets ; pour autant, et ce surtout pendant les périodes de questionnement de l’enfant, il y a des attitudes, des mots, des gestes qui passent généralement inaperçue dans l’éducation d’un enfant dit « biologique » mais qui pourraient blesser un enfant adopté, lui rappeler qu’il a été abandonné un jour, et dégrader le lien qui l’unit à ses parents adoptifs.

J’ai donc immédiatement acheté les livres qu’elle nous a cités (plus quelque autres aussi). A ce jour j’ai commencé un livre vraiment TRÈS intéressant  : DESTINS DE L’ADOPTION, qui nous parle des causes des échecs d’adoption, lorsque le lien entre parents adoptifs et enfants adoptés est brisé. A cette heure je n’en suis qu’au chapitre 2. Et pourtant, ce livre a déjà remis en cause de nombreuses idées reçues que j’avais moi-même sur l’adoption (malgré le stade relativement avancé de notre réflexion sur le sujet).

J’ai notamment été très étonnée de son avis concernant la loi sur le droit d’accès aux origines, car actuellement, une loi prévoit que tous les enfants adoptés (ou non) ont le droit, dès leur majorité de connaitre leurs origines (si celles-ci ont été fournies par le géniteur) et qui autorise donc cet enfant à effectuer toutes les recherches, puis à prendre contact avec son « parent » retrouvé. Jusqu’à présent il nous avait été présenté, et nous trouvions d’ailleurs, normal que tout soit mis en oeuvre pour permettre à l’enfant adopté de retrouver sa mère biologique, comme il en fait régulièrement la demande au cours de son enfance. Mais le pedo-psychiatre auteur de ce livre nous indique, à juste titre, que la demande de retrouver sa mère biologique, exprimée par un enfant n’est en fait qu’un substitut, un retranchement, dans lequel il se réfugie lorsqu’il sent qu’il s’éloigne de sa famille adoptive, où lorsqu’il interroge la légitimité de sa famille d’adoption. En effet, dans notre société, il est fréquent, voir quotidien, d’entendre des allusions à la primauté du lien du sang, sur le lien psychique, qui unit un parent à son enfant, et surtout, une mère à son enfant. Dans notre société qui fait de la maternité un idéal de vie, une réalisation sacrée de la maternité biblique, et qui établit un lien indélébile entre une « mère biologique » et l’enfant qu’elle a porté, un enfant adopté ne peut que se demander quelle légitimité peut avoir une mère adoptive. Par conséquent, dès qu’il va être confronté à ce genre d’image, et s’il n’obtient pas de réponse satisfaisante auprès de ses parents biologique à ses questions (formulées, ou non), il va se sentir obligé de penser que quelque part, il a une « vraie » mère, sa mère biologique, auprès de laquelle un tel lien pourra vraiment exister. D’après ce livre, c’est en réponse à ce fantasme que l’enfant va avoir une volonté (et/ou obsession) de retrouver ses origines. Du coup, l’état lui-même, en favorisant ce droit depuis seulement 2002, au détriment de la liberté individuelle et la protection de l’anonymat, encourage juste ce schéma de pensée que RIEN ne remplace une « vraie » maman, alors que l’enfant qui formule une telle demande de retourner dans son pays d’origine, n’attend généralement rien d’autre qu’une confirmation que ses parents adoptifs sont bel et bien ses VRAIS parents, puisqu’eux aussi l’ont désiré, puis attendu, se sont battus pour l’avoir, et l’aiment aussi inconditionnellement qu’une mère biologique qui choisit d’élever ses enfants. Accéder directement à sa requête de recherche des origines, c’est simplement confirmer ses craintes, c’est ne plus se reconnaître complètement comme le vrai parent, c’est lui dire : « c’est vrai, il y a quelqu’un ailleurs qui t’apportera ce lien que je peux pas t’apporter ».

De mon point de vue, il n’est pas nécessairement exclu de se rendre au pays d’origine de l’enfant, mais c’est la première fois que je réfléchis à ce que cache réellement la demande d’un enfant à retrouver ses origines. J’interroge du coup d’autant plus tous les reportages que j’ai pu voir qui parlaient du besoin impérieux de certains enfants (ou adultes) de retrouver leur origines, de se confronter à leur mère biologique… Il y a certainement 2 poids 2 mesures dans ce genre de sujets ; certains ont sans doute complètement intégré leur adoption et ont juste une curiosité naturelle qui les pousse à poser des questions, et trouver des réponses, mais dans certains autres cas, cette obsession de retrouver leurs origines, sans quoi ils ne se sentent pas capables de vivre pleinement ne provient-elle pas d’un manque de légitimité de leur parents adoptifs dans l’esprit de ces adultes adoptés ? Des réponses qu’ils se sont posés enfants (encore une fois sans forcément les formuler) et auxquelles les parents adoptifs n’ont pas su répondre avec les bons mots, les bons gestes ; ceux qui rassurent et qui ne laisse aucun doute possible sur leur propre assurance d’être les VRAIS PARENTS.

Je n’en suis qu’au deuxième chapitre et j’ai déjà tant de matière sur laquelle réfléchir, que j’ai hâte de lire la suite.

Je ne peux donc que vous conseiller de le lire au plus vite si vous aussi vous vous interrogez sur l’adoption !

Bisous !

L’agrément, et après ?…

3 mois se sont écoulés depuis notre agrément.

Entre temps nous avons changé d’année (meilleurs vœux, tout ça tout ça). Qui dit nouvelle année, dit bilan (et pas que comptable), nouvelles résolutions, nouveaux projets… et hop on repart ! Pour nous cette année c’est d’autant plus vrai que, si 2015 avait été une année assez « simple » : la procédure d’agrément nous a accompagné et guidé tout au long de l’année, entre rendez-vous et réflexions sur notre projet, 2016 est un grand pas dans l’inconnu, avec notre agrément en poche comme seul guide. La question s’était déjà posé lors d’une réunion de l’EFA où un couple récemment agrémenté avait posé la question : « bon super on a l’agrément, mais WHAT NEXT ?? ».

De notre coté, dès le 1er Janvier nous avons envoyé un dossier à une dizaines de départements différents afin d’être également inscrit sur la liste des parents en attente d’une adoption. Les réponses ne sont généralement pas longues car sur les dix dossiers envoyés mi-Janvier, 7 nous ont déjà envoyé leur refus, 1 département a accepté notre demande, et 2 ne nous ont pas encore répondu. Au moins, nous aurons sauvé l’honneur avec un département, ce qui est déjà une victoire lorsque tout le monde nous disait que cela ne servait pas à grand-chose étant donné que tous les départements favorisent leurs propres ressortissants.

Malgré cela, nous ressentons bien cet état d’attente. L’adoption est un projet on ne sait pas quand cela arrivera. Du coup, on ne se projette pas vraiment, mais d’un autre coté, quand un projet est prévu sur l’an prochain, dans deux ans, inévitablement je me dis « tiens si ça se trouve on aura un enfant à ce moment-là »… Bref, une situation située entre le confort du rêve, et l’inconfort de l’incertitude. En attendant, on lit, on se tient informés des nouveautés intéressantes sur l’adoption. Valentin a également appelé notre département, en Janvier, histoire de leur dire où en sont nos démarches. Visiblement notre assistante sociale a été très gentille (plus que lors de ses enquêtes peut-être, à moins que ce ne soit parce que pendant les enquêtes elle nous faisait encore peur), et a rappelé que le délai ne serait vraisemblablement pas plus court de 2 ans. Elle lui aurait même dit que nous devions « rester soudés » parce que c’est un moment difficile pour beaucoup de couples (je peux le croire), et nous a prévu un rendez-vous aux alentours d’Avril.

Donc en attendant peu de choses à raconter malheureusement… on « profite » de notre vie de « jeune couple » comme disent les parents qui ne connaissent pas leur chance. Ce a quoi je répondrais bien que ce n’est pas parce qu’on n’a pas d’enfant que c’est la Saint-Valentin tous les jours à la maison. S’il y a bien un moment que je ne regretterais pas dans ma vie c’est bien la période d’attente et de lassitude, même si tout se passe bien dans ma vie et de mon couple, mais après 10 années de vie de couple, on peut pas dire que les projets foisonnent dans tous les sens et qu’on fasse péter le champagne tous les soirs non plus… Déjà que j’ai lamentablement été oubliée pour la Saint-Valentin alors bon… (snif). Du coup en ce moment je suis un peu mauvaise après les personnes qui viennent d’accoucher et qui postent déjà des photos de ce type.

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J’ai envie de dire que pour moi, après tout ce temps en couple, c’est déjà comme ça mais sans le bébé…

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Bref, je ne voulais pas finir mon article avec l’air aussi lasse, mais bon, autant ne pas faire semblant que l’attente de l’adoption c’est tout rose ! Conclusions, les parents avec enfants dépriment, les parents sans enfants dépriment, je déprime, elle déprime, nous déprimons. Si toi aussi tu t’ennuies tape dans tes mains !

Tout n’est heureusement pas tout noir car nous remettons au goût du jour quelque projets personnels, idées de travaux, et autres projets professionnels à plus long termes que nous avions délaissé un peu l’an dernier à cause de l’agrément ! On en est pas encore au tour du monde, mais quand même !

Dis, comment on fait les bébés ?

Voilà… voilà comment nous nous aurons fait notre bébé : une belle lettre de fin de projet, et une notice d’agrément, écrite avec beaucoup d’amour et d’espoir.

C’est beau.

Lettre fin de projet - notice

Visite au domicile

Hello !

Ca y est, nous avons terminé tous nos rendez-vous avec les travailleurs sociaux (4 en tout), vendredi dernier.

Ce dernier entretien de l’assistante sociale est un peu spécial puisqu’il se déroule à domicile. J’appréhendais forcement un petit peu plus, puisqu’à la dimension « entretien pré-agrément » où l’on aborde des questions pas simples de conception de parentalité adoptive, impacts de l’abandon, etc… s’ajoute une dimension beaucoup plus terre à terre, celle du cadre de vie… et du ménage…… Autant dire que nous avons programmé des weeks-end « ménage » plusieurs jours (même semaines) avant ce rendez-vous et que pendant une semaine la moindre chaussette trouvée par terre me donnait des sueurs froides… (peut-être que j’exagère un peu).

Non pas que notre appartement soit une véritable catastrophe : c’est un bel appartement, assez grand, avec 3 chambres possibles, deux actuellement, toutes les commodités à proximité (stade, école maternelle, primaire et collège en bas de l’appartement donc que demander de mieux pour une famille ?), le ménage est… disons qu’on a largement de quoi ranger [quand on en a envie...]. En plus deux chats supers sympas qui n’attendent qu’un enfant pour jouer avec eux ; mais bon voilà, on se remet toujours en question quand il s’agit de l’agrément : et si on était en maison avec un jardin ça serait 100 fois mieux, si on avait pas d’animaux ça éviterait des inquiétudes, et si les chats n’avaient pas griffé le papier peint de l’entrée, si on avait plus de pièces, plus de place, patati patata…

De plus c’est aussi LE rendez-vous qui correspond le plus au fantasme que nous nous créons de la demande d’agrément : une réelle investigation où tous vos proches, employeurs, banquiers, médecins sont consultés et où chaque placard est inspecté dans le moindre recoin pour en vérifier la bonne conformité avec l’accueil d’un enfant… Et gare à vous si la moquette est abîmée ! Finalement c’est loin d’être ce que nous avons vécu et cette « inspection » était en fait très brève : Nous avons commencé par un « entretien » normal pour parler des besoins et attentes d’un enfant adopté et comment nous envisagions notre parentalité adoptive (un peu redondant avec l’entretien précédent avec la psychologue), puis une visite rapide : voir quelles pièces nous avons, où sera sa chambre, où est la notre… En gros : cet enfant aura-t-il de la place quelque part ?

Et puis des petites questions sur la ville : où sont les commerces, les écoles, le stade (bon là il n’y a qu’à regarder le balcon, mais bon…), est-ce que le quartier est calme, est-ce qu’on s’entend avec nos voisins, y a-t-il une vie de quartier, des cinémas, etc…

Et puis voilà, c’est terminé… Elle nous décrit la prochaine étape : nous allons devoir écrire notre lettre de fin de projet avec notre notice, tandis qu’elle et la psychologue vont écrire leur rapport, puis en Septembre on lira les rapports et on pourra demander à passer en commission, à l’issue de laquelle sera accordé ou non notre agrément.

Finalement nous avons eu un peu le sentiment que cet entretien était fait à la va-vite. Elle nous a posé des questions et ne nous laissait pas y répondre mais répondait à notre place finalement. Notre rôle était plutôt de dire « oui » ou « non », alors que d’habitude on attend de nous des réponses construites, une réflexion… Là j’avais l’impression de simplement devoir confirmer tout ce qui s’était passé jusqu’à présent, et point.

 

Ce sentiment a été nettement confirmé le lendemain quand l’assistante sociale nous a appelés concernant la rédaction de son rapport. Elle voulait juste confirmer une « petite » chose… : oui mais en fait elle avait « écrit dans ses notes » que V. n’avait pas dit à sa famille que nous adoptions … Alors que c’était parfaitement faux puisque bien sur ils sont au courant et nous soutiennent bien… Donc je ne vois pas comment elle a pu comprendre l’inverse, mais bon cela nous a bien inquiété concernant le reste du rapport… Nous avons hâte de les découvrir en Septembre, en espérant qu’il n’y ait pas eu plus de « malentendus » parce que ces rapports sont très importants, déjà pour obtenir l’agrément, mais aussi pour pouvoir avoir un bon dossier et donc avoir plus de chances de se voir confier un enfant une fois que nous aurons l’agrément…

Le « rendez-vous psy »

Voilà un deuxième rendez-vous de passé depuis la semaine dernière : le fameux rendez-vous psy.

De mémoire, c’était, avant que nous nous lancions dans la procédure, celui qui me semblait le plus « choquant ». Autant l’assistante sociale pour juger un peu de nos conditions de vie, et s’assurer que l’enfant n’allait pas dormir dans la rue, ça me paraissait plus ou moins tolérable. Mais un psy qui allait tourner et retourner mon passé, mes émotions, mon caractère et passer mon subconscient au peigne fin, pour découvrir quoi ? Que je ne suis pas une psychopathe sévère ? Que je ne vais pas passer mes journées à dire à un enfant qui n’aura rien demandé qu’il n’est qu’un vulgaire enfant adopté et que je ne l’aime pas comme s’il était le mien, à moi ?

Bref, heureusement, rien de tout cela ne s’est produit (encore heureux). La psychologue n’était pas une grincheuse à lunette, mais une jeune fille amicale (qu’on aurait pu prendre pour une étudiante vu son jeune âge). Au final nous avons tous les deux eu l’impression que c’était plutôt un rendez-vous copier-coller du premier rendez-vous avec l’assistante sociale : même question sur notre enfance respectives, les valeurs de notre éducation, qui est notre papa, qui est notre maman… Notre rencontre, et pourquoi et comment en sommes-nous arrivés à penser à l’adoption. Bref, finalement on a eu l’impression de se répeter par rapport au premier rendez-vous.

J’imagine que chacun des intervenants prendre d’avantage son rôle (le matériel pour l’assistante sociale, et le mental pour la psy) aux seconds rendez-vous, car le prochain rendez-vous avec la psy, le 15 juin, sera plus axé sur notre définition de la parentalité adoptive, et les besoins spécifique d’un enfant adopté. Et le rendez-vous avec l’assistante sociale (il faut que je l’appelle pour prendre le rendez-vous durant l’été) aura lieu chez nous, et nous devrons nous mettre un peu en situation en répondant à des questions bien précises sur « et que ferons-nous si l’enfant nous dit « ci », et si l’enfant fait « ça », et s’il arrive tel événement… ». Bref, la nous serons un peu plus poussés à anticiper notre futur rôle de parents !

D’un autre coté, je trouve que le temps passe très vite car dans normalement 2 rendez-vous nous pourrons commencer à écrire notre lettre de confirmation pour l’agrément… Et après, si notre agrément est accepté, nous en auront fini avec cette étape, ce qui est un soulagement d’un coté, mais aussi une vraie inquiétude de savoir ce qui va se passer ENSUITE. L’attente… les appels pour savoir si on est placé ou pas dans la liste des dossiers admis au conseils d’apparentement… et pour combien de temps ? 1 an ? 2 ans ? 3 ans ? 5 ans ? Je commence à avoir peur de cette longue attente, alors que là les choses bougent, l’agrément se prépare, nous avons des tas de rencontres et de rendez-vous chaque mois…

Hier nous avions aussi un rendez-vous avec l’EFA des Yvelines ou pendant 3 heures on nous a re-présenté les diverses étapes de l’adoption… Cela ne nous a pas forcément appris grand chose, mais cela a en plus eu pour effet de me faire réaliser que la période effervescente de l’agrément allait prendre fin pour laisser place à la longue traversée en pleine mer de la recherche d’enfant… où nous n’aurons rien en vue pendant longtemps jusqu’à ce que, PEUT-ÊTRE un dossier surgisse à l’horizon pour nous…

Bref, en ce milieu de période d’agrément, un léger stress commence à se faire sentir, alors que jusque là nous nous laissions guider et nous suivions la route bien tracée de l’agrément. J’ai confiance en nous et en notre projet, mais je redoute la longue attente que tous les professionnels qui nous entourent et toutes les statistiques nous laissent présager.

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L’adoption, ou apprendre la tolérance…

Hello !

Joyeuses pâques à toi !! J’espère que les cloches t’ont apporté des tas de petits œufs délicieux !! Nous nous avons eu la chance d’en avoir pas mal… qui ont finalement fondu sur la table de la cuisine en une matinée :( … mais qui restent excellents (même si mon petit lapin ne ressemble plus à rien).

Samedi soir était une soirée plutôt spéciale car c’était l’anniversaire de ma petite sœurette chérie et nous nous sommes retrouvés en famille au restaurant. Ce fût donc bien sur l’occasion d’échanger sur le rendez-vous de mercredi, qui n’avait toujours pas fini de me travailler (drôle d’ambiance pour un anniversaire, mais bon tout le monde se sent bien sur concerné par notre démarche, et cela attire aussi beaucoup de curiosité car, finalement, qui sait réellement comment se passe une adoption, tant qu’on y est pas encore passé ?).

Beaucoup de sujets ont été mis sur la table à cette occasion, notamment celui qui nous fait beaucoup réfléchir : les choix des critères pour l’agrément (nombre d’enfants, âges, origines, pathologies et particularités…). Je suis toujours un peu choquée de comprendre que le niveau de tolérance d’à peu près tous mes proches est proche de 0. Le choix de l’âge, du nombre, et éventuellement des origines ne semble en rien les choquer mais quand il s’agit d’aborder le sujet des pathologies, leur réaction immédiate est de dire de ne même pas y jeter un coup d’œil et de se concentrer uniquement sur des enfants en parfait état de santé. Le sujet est vraiment très personnel et je peux comprendre cette réaction, surtout quand aujourd’hui la société impose la maternité comme un événement sacré et toujours représenté comme quelque chose de parfait (voyons nous autre chose qu’un beau bébé blanc étincelant aux grands yeux bleus et pétillants de santé sur les couvertures de magazines ou les publicités). Pour tout le monde l’enfant doit incarner la perfection et c’est un réel déshonneur que de donner naissance à un enfant qui ne colle pas parfaitement à cette représentation. Cela fait vraiment beaucoup réfléchir au sens que nous donnons à l’acte d’être parent et je suis très étonnée de la réaction de mes proches qui ont pourtant vécu près de moi, qui suis atteinte de plusieurs pathologies, je pensais être un bon exemple que l’on peut avoir des problèmes de santé génétiques sans que cela ne soit trop dérangeant pour la vie de famille.

Le rapport également à la productivité attendue de l’être humain. Ma grand-mère elle-même m’a tout de même laissé entendre qu’une personne avec une pathologie lourde et handicapante dans la vie de tout les jours n’a malheureusement pas vraiment sa place dans la société, et de me citer qu’elle n’aurait pas supporté que ses enfants ait un handicapé mais surtout que si elle même en vieillissant perdait ses facultés (notamment la vue par exemple), elle préférerait partir parce qu’elle « ne servirait plus à rien » (autant dire que je vais surveiller de près ses résultats de santé !). Outre l’idée que si l’on m’a éduqué avec ces idées, il n’est pas étonnant que je me soies plus que haïs pendant une dizaine d’années à cause de mes maladies, cette idée qu’un enfant handicapé (ou une personne handicapée) ne sert à rien m’a fait beaucoup réfléchir :

A quoi sert une personne ? (autrement dit : Quelle pression va-t-on mettre sur les épaules d’un enfant pour qu’il grandisse « normalement » ?)

Beaucoup d’autres petites phrases et expression lourdes de sens ont été citées et me font beaucoup réfléchir. Je n’ai pas encore un avis tranché sur la question, et je ne connais pas mes limites en terme de « tolérance » du handicap d’un enfant que j’adopterais, notamment aujourd’hui pour notre première adoption, mais je suis sure de ne pas partager les convictions de mes proches à ce sujet. Qu’aurait-il advenu de moi si j’étais née autiste, ou si je ne pouvais pas marcher, ou si j’étais sourde, etc… Aurais-je été stimulée autant que je l’ai été par ma famille qui me verrait comme « l’enfant de leur malheur ». Est-ce que ma grand-mère m’aurait pris pour les vacances avec mes cousins et ma sœur ? Est-ce qu’on aurait pris autant de temps pour bien m’élever qu’on ne l’a fait dans ma jeunesse ? Je ne suis pas étonnée de voir qu’autant de petits enfants handicapés restent si dépendants si depuis le début ils sont considérés comme une « cause perdue », alors que certains handicapés parviennent à s’intégrer, à travailler ou à vivre seuls en autonomie (et y mettent un point d’honneur). Est-ce que ceux-là sont juste « plus chanceux » où les y a-t-on aidé en les traitant comme le reste de leur fratrie ?

C’est vrai qu’il n’y a que dans l’adoption que l’on aborde ce type de sujet et que l’on peut s’y préparer (qui serait assez déplacé pour dire à une femme enceinte : et si il est handicapé tu l’aimeras quand même ?) mais est-ce que justement ce ne serait pas une bonne question à se poser pour tout parent ? Parce que même s’il n’est pas souhaitable et que tous rêvent d’un enfant parfait, le risque existe et à ce moment, soit l’on se considère comme les plus malheureux du monde, soit l’on accepte et on vit (on peut même aimer) sa vie de parent, différente de celle que l’on avait imaginée, mais je pense tout aussi riche de découvertes et d’ouvertures.

Tout cela pour dire que la tolérance est un vaste sujet qui nous fait beaucoup réfléchir en ce moment. Nous avons rendez-vous dans une semaine à l’hôpital Necker pour discuter des différentes pathologies existantes en adoption et fixer nos limites, pour notre première adoption, déjà, puis pour les éventuelles adoptions suivantes, où il sera sans doute nécessaire d’être plus ouverts et plus tolérants.

A ce titre j’ai lu plusieurs beaux livres sur des sujets divers et variés et que je ne peux que conseiller pour s’ouvrir à la tolérance vis-à-vis de ses enfants, et auquels je pense beaucoup en ce moment.

- Ce n’est pas toi que j’attendais, de Fabien Toulmé, que nous avons lu en couple avec beaucoup d’émotion !

- Je suis né un jour bleu, de Daniel Tammet

Et des tas d’autres que je n’ai plus en tête déjà… Mais je le conseille à tous ceux qui suivent notre démarche et qui se questionnent un peu sur la différence (en plus d’être des livres passionnant et bien écrits).

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Ce n’est pas toi que j’attendais

Récemment, un ami qui se lance en tant qu’écrivain nous a demandé de « raconter » un peu notre histoire, notre passé pour l’inspirer dans ses romans et cela a un peu réveillé la psy qui se cache en moi… Je tourne et je tourne ma petite histoire dans ma tête et je rassemble des morceaux de puzzle avec mes réflexions qui expliquent plus ou moins les problèmes que j’ai laissé derrière moi, et puis oublié, et qui finalement sont encore là caché quelque part.

C’est comme ça que je me suis réveillé en pleurs cette nuit, comme frappée par l’évidence même de mon existence. Je pense que le film que nous avons vu la veille ne m’a pas aidé, où un personnage disait : « nous avons tous une faiblesse ». Je crois que j’ai trouvé ce qui m’a rendu faible ces dernières années et c’est si simple, si évident, que c’est compliqué de le distinguer de toute la mélasse qu’à engendré en moi cette histoire de stérilité (sans parler de la définition même du syndrome qui a rajouté en quelque sorte de l’huile sur le feu). Tout cela nourrit par la BD (très belle d’ailleurs) « Ce n’est pas toi que j’attendais » de Fabien Toulmé.

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Déjà dès le départ, ce titre m’avait interpellé, pourtant je ne suis pas trisomique, car il sonnait comme une claque qu’un parent peut mettre à son enfant. Mais il a fallu que je le lise entièrement, et que la mayonnaise prenne pour qu’en fait je comprenne que c’est une claque que je m’étais déjà infligée toute seule depuis très longtemps. Et de lire, en vrai, la réaction de parents face à leur enfant, si différent, alors qu’il DEVAIT être absolument parfait, puisqu’il était attendu, désiré, et qu’en plus il est leur enfant… Pourquoi fallait-il qu’il naisse si différent, quand tous les autres petits-enfants sont si parfaits ?

Je n’ai pas réalisé tout de suite quand des parents de jeunes filles comme moi me demandaient conseils, je les rassurais seulement sur le fait qu’elle n’allait pas devenir un alien difforme. J’allais juste trop mal pour pouvoir me mettre à la place de parents car d’après moi, ceux qui souffrent ce sont les intéressés et basta. Mais dans cette histoire chacun se sent coupable (faute de ne pouvoir mettre la faute sur quelqu’un d’autre), les parents de voir leur enfant, qui au fond n’a rien demandé et qui subi, les enfants de ne pas être à la hauteur de ce que leur parent attendait, d’être si loin de l’enfant parfait dont eux rêvaient quand il était encore dans leur ventre…

Pour ma part, cela ne s’est pas vu tout de suite à ma naissance, ce qui est pire finalement, car j’ai joué la comédie de l’enfant parfaite jusqu’à ce qu’on découvre que… Je n’ai jamais su placer ces mots sur ce qui « clochait » jusqu’à présent (parce que je n’avais pas lu ce livre, que je n’avais jamais vu de jeunes couples devenir parents et toute la perfection qu’incarnait leur enfant à leurs yeux, parce que je pensais simplement que ce qui « clochait » c’était que je ne pouvais pas avoir d’enfant…). J’ai compris ce qui m’a bloqué pendant tout ce temps (depuis que je l’ai appris ? avant ? après ? impossible de m’en rendre compte). N’être tout simplement pas tout à fait à la hauteur de l’enfant parfait dont mes parents avaient le droit de rêver. avoir causé du soucis, de la peur, de la culpabilité à mes parents à cause de ce syndrome… Ce syndrome qui ne se voit pas, mais j’ai agis comme si tout le monde savait d’avance que j’étais différente et que je n’étais pas à la hauteur.

Comprendre ça s’est fait en silence, cela n’a rien changé et pourtant j’ai l’impression de légèreté d’avoir posé ce lourd sac de culpabilité que je traînais sur mon dos depuis longtemps…

Une nuée de jolis moments

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