« Je vous souhaite de bonnes fêtes et une très belle année 2018″

L’hiver approche, et avec lui une étrange mélancolie camouflée derrière un sapin coloré, des lumières, des cadeaux. Un nouveau rendez-vous à eu lieu avec le Conseil Général. Une routine devenue habituelle.

Une caresse pour le moral car quelque chose bouge, on comprend un peu mieux ce qu’ils attendent de nous : se projeter, imaginer ce qu’on dira à l’enfant s’il nous demande « pourquoi je viens pas de ton ventre » ? et comment on lui expliquera que sa mère n’a même pas voulu le voir à la maternité quand elle a accouché sous X ?… Difficile de se prendre au jeu après deux ans d’attente. Maintenant on n’a plus trop envie de se projeter. Deux ans qu’on lit, qu’on regarde les reportages, qu’on imagine, qu’on se questionne. Oui on a compris. L’enfant pourra être fragile, curieux, déprimé parfois. On nous propose de nouvelles sources d’informations : un film sur les déni de grossesse, pour bien comprendre ce cas spécifique d’abandon, un autre reportage sur les échec d’adoption, pour bien comprendre que l’adoption c’est pas facile. Oui oui, promis on va regarder ça et y réfléchir.

Une gifle pour le moral car finalement on repart de là après toutes ces belles paroles, on a repris rendez-vous pour dans 6 mois, et portez-vous bien d’ici là.

Donc on a regardé les films, les reportages. On se questionne on se demande si on sera à la hauteur.

Puis on retourne au travail, car on a une vie quand même. En plus c’est bientôt les fêtes. Alors j’écris mes cartes de vœux pour le boulot : « Toute l’équipe vous souhaite de joyeuses fêtes et une très bonne année 2018″. Profitez de vos enfants. Passez les fêtes avec vos amis en regardant vos enfants ouvrir les cadeaux. Faites vos projets pour 2018. Et vous referiez bien un petit deuxième en 2018 on sait jamais. Faites-moi vos bon vœux de 2018 si vous voulez, de toutes façons moi je décide rien et vos vœux ne vont rien y changer.

Moi, je vais encore faire cela pour les autres. Moi de toutes façons j’ai pris l’habitude d’être l’ « exclue ». Celle à qui on ne demande plus. Celle qui attend. C’est pas encore cette année ? Bah l’année prochaine peut-être. Allez ! Finger Crossed !

Les années passent et je redoute les fêtes de plus en plus. Avec les amis surtout. J’ai l’impression d’avoir toujours été différente de mes amis, depuis le collège, mais je pensais que cela passerais un jour. « Quand je serais grande », « Quand je serais mariée », « Quand j’aurais un bébé » je me sentirais moins différente. J’ai l’impression de ne rien pouvoir échanger avec mes amis parce que je ne suis comme aucun d’entre eux. Ce n’est pas un problème d’attachement, juste cet éternel sentiment d’appartenir à une espèce différente d’eux. On peut communiquer, mais je ne pourrais jamais les comprendre et eux ne me comprendrons jamais. On va partager une dinde ensemble, mais je suis stérile et eux non. J’ai parfois ce sentiment que cela change absolument tout. J’aurais un enfant que j’aurais adopté, je devrais créer les liens de A à Z, me baser sur aucun acquis. Leurs conseils, leurs expériences ne s’appliquent pas à moi. Je ne choisirais rien, ni l’heure, ni la date, ni le mois, ni l’année. Il arrivera s’il arrive. Noël ou pas noël. Sage ou pas sage. Projet ou pas. Et s’il n’arrive pas, je devrais faire avec. Personne ne se souciera de moi. Personne n’a jamais eu à le faire. J’ai peut-être déjà eu mal au ventre, mais au moins je ne connais pas ce que c’est d’avoir ses règles tous les mois. Je trouve peut-être que l’adoption c’est long, mais au moins je n’ai pas à connaitre la pénibilité de la grossesse, ni les douleur de l’accouchement. « C’est quand même ce qu’il y a de pire au monde l’accouchement ». Alors pourquoi est-ce qu’on se soucierait de moi ? Je continuerais à vivre en silence, sans annonce, sans réclamer d’attention. Je continuerais chaque année à souhaiter bonne année au gens, les féliciter pour leurs nouveaux bébés, aller aux anniversaires, offrir des cadeaux à Noël. Ce qui ne bouge pas, ne réclame pas d’attention après tout.

Je me sens un peu seule dans mon monde, et je suis toujours obligée d’essayer de me mettre à la place des autres, quand personne ne se sent obligé de se mettre à ma place. L’adoption signifie avoir de l’empathie pour l’enfant, pour sa mère biologique qui n’a pas pu le garder. Je dois me remettre en question tant de fois. On me pose des questions difficiles : « que ferez-vous le jour où vous serez rejetée par votre enfant ? », « que ferez-vous s’il s’avère que votre enfant a un handicap détecté après l’adoption » ? « Quels handicaps accepteriez-vous ? ». Les autres femmes sont choyées jusqu’à l’arrivée du bébé, même si chacune de ces questions pourraient s’appliquer à elles-aussi. Et pourquoi on ne demanderait pas au femmes enceinte si elles aimeraient autant le bébé qu’elle porte s’il était trisomique ? Pourquoi on ne leur demanderait pas ce qu’elle feront leur jour où leur enfant les haïra ? Pourquoi on ne leur montre pas des reportages avec des enfants détruits psychologiquement par leurs mauvais parents ? Au lieu de cela, on les rassure, on leur dit que tout va bien se passer, que leur bébé sera le plus beau, qu’elles seront des mamans fantastiques.

Je suis différente car je ne suis pas celle qu’on laisse rêver, que l’on rassure, à qui l’on essaye de donner confiance en elle. Tout cela je l’ai déjà acquis toute seule et j’ai l’impression que pour devenir maman on me fait passer un vrai parcours du combattant, une espèce de continuelle remise en question pour voir si je vais tenir le coup, si je suis prête, si je serais une bonne mère. J’ai le sentiment de devoir me justifier, prouver. Aucune des mes amies n’est passé par là et ne comprend ce que cela signifie.

Et d’une certaine manière je suis faite ainsi depuis toujours. Je suis née comme ça, même si je ne l’ai su qu’à 14 ans.

Quand bien même je suis une « personne normale » pour eux tous, ces différences fondamentales existent et les empêchent de ressentir ce que je ressens, comprendre ce que je comprend, vivre ce que je vis. Chaque hiver me rappelle que je n’appartiens pas au groupe auquel je me rattache tout le reste de l’année. Et chaque année je me demande si cela sera toujours ainsi ?

1 commentaire à “« Je vous souhaite de bonnes fêtes et une très belle année 2018″”


  1. 0 Christine 9 fév 2018 à 13 h 15 min

    Coucou,
    J’ai lu ton message. Je suis contente de l’

    Répondre

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