LA GPA : Pourquoi pas nous ?

Hello !

Cela m’a pris quelque temps pour rassembler mes idées depuis le reportage de Dimanche soir sur M6, dans Zone Interdite, qui parlait de la Gestation Pour Autrui. Avec V. nous avons bien sur regardé le reportage avec une grande attention. Bien sûr, ce sujet de la GPA est un sujet très récurrent dans notre existence. Déjà car la question s’est directement posée à nous, que parmi mes rencontres de personnes infertiles (SIA ou non) certaines envisagent la GPA, militent pour sa légalisation, y ont parfois eu recours.

Et enfin car, en tant que postulants à l’adoption, nous sommes toujours confrontés aux conseils bien-attentionnés des personnes qui ne veulent que notre bien et qui nous disent qu’ils ont entendu dire que la GPA c’était une belle solution aussi et que ça se fait de plus en plus à l’étranger, alors pourquoi pas nous ?

Pourquoi pas nous, c’est vrai ça ? Après tout, nous sommes stériles. Après tout, nous aussi nous voulons un bébé. Après tout, nous sommes ensemble depuis 10 ans, cela fait déjà 3 ans que nous avons décidé de fonder notre famille à nous. Alors ?

J’ai longtemps hésité avant de faire cet article, parce qu’il choquera mes amies qui rêvent de voir naître leur enfant d’une mère-porteuse, mes proches qui veulent notre bien, mais en voyant ce reportage, à la lumière de nos 2 années de démarches dans l’adoption, j’ai quand même besoin de te dire « pourquoi pas nous ».

Donc si tu viens d’une autre planète, je vais te résumer vite fait bien fait la GPA. Tu es un couple (homo ou hétéro) et tu ne peux pas avoir d’enfants. On va donc prendre l’information génétique de l’un et de l’autre (ou d’un donneur) pour le combiner avec celui de ta partenaire (comme la fécondation in-vitro) mais l’embryon ainsi formé va être transplanté non pas dans le ventre d’un des parents, comme dans la fécondation in-vitro (soit parce qu’il n’y a pas de femme dans le couple, soit parce que la femme n’a pas d’utérus, ou que cela fait trop d’années d’essai non concluants où la femme n’a pas pu garder le fœtus), et va en fait être transplanté dans l’utérus d’une autre femme, qui va vivre la grossesse, puis céder l’enfant à sa naissance au couple « géniteur ». L’enfant aura l’information génétique des géniteurs (les deux parents, ou bien l’un des parents et le donneur), la « mère-porteuse » ne donnant pas d’information génétique puisque son utérus servira simplement d’incubateur où l’embryon va se développer pendant neuf mois.

Et nous avons regardé le reportage « Mères porteuses : l’enquête qui dérange » que j’ai trouvé assez bien fait, plutôt objectif et présentant donc plusieurs couples ayant opté pour la GPA, de manières et d’autres et pour différentes raisons. Etant déjà bien au fait de la GPA, je n’ai rien appris de particulier à ce sujet, mais je m’intéressais surtout aux raisons qui ont poussé tous ces parents à avoir recours à la GPA à l’étranger.

Le reportage présentait 2 couples ayant choisi la GPA aux USA, 2 autres couples (+ une femme seule, dont le mari n’est pas présent dans le reportage) ayant opté pour l’Ukraine, un couple ayant choisi une mère porteuse illégalement en France, et deux jumelles issues d’une GPA.

Éric et Sarah ont choisi la GPA à Denver, d’où est issue Sarah, et ils ont ainsi eu 3 enfants de 3 mères porteuses différentes. Nicolas et Tom, un autre couple, sont également allé aux USA pour leur GPA.  Aux USA, la GPA est relativement bien encadrée, et les mères porteuses sont rémunérées pour leur grossesse (30 000€ d’après le reportage). Le couple devra par contre débourser en tout plus de 100 000€ entre les frais de voyage, d’agence (car la GPA se fait via une agence qui encadre la gestation). De ce point de vue, on ne peut pas contester le lien humain qui unit le couple à la mère porteuse, même si bien sûr, derrière il y a un intérêt financier. Malheureusement, derrière cet air détendu, chaleureux et humanitaire, on ressent quand même très péniblement le côté transactionnel de ce process « pré-implantation ».

Par exemple, le fameux salon HomoPapa où se rendent Nicolas et Tom : on se retrouve ici sur un salon où des agences de mères porteuses sortent l’artillerie marketing pour attirer les clients. Le déni total de la souffrance de l’infertilité est difficilement supportable à voir : les agences vendent du rêve, vendent un bébé de rêve pour une parentalité parfaite (choix du sexe, du nombre d’enfants, etc.). On croirait un salon de vente de cuisine où l’on peut commander le produit de nos rêves. La technologie actuelle n’est pas encore assez performante pour isoler les gènes des parents de manière assez précise pour choisir la forme du nez et la taille des pieds, mais si cela est un jour possible, quelle différence éthique cela fera-t-il par rapport à ce qui est fait actuellement ? Les agences disent, bien sûr, les phrases ce que tout parent en manque d’enfant rêve d’entendre : « vous allez vivre la grossesse », « ça sera un moment incroyable », « vous vivrez l’accouchement avec la mère porteuse »…

Bien sûr, il n’y a aucun entretien psychologique auprès des parents, qui ont quand même subi différentes années de deuil de fertilité pour la plupart, ou la perte d’un enfant (ont-ils été refusé à l’adoption ? ont-ils VRAIMENT fait le deuil de leur grossesse ? sont-ils prêts à vivre une parentalité différente avec toutes les conséquences que cela implique, tant sur l’explication auprès de l’enfant, que sur son acceptation de la présence d’une tierce personne dans la vie de l’enfant). Les couples que nous avons vus ont l’air ouvert sur ce sujet, mais sans entretien préalable, combien vont mal vivre ce passage, le faire « par défaut » de le porter soi-même et cacher la vérité à l’enfant pour éviter toute remise en question (en tout cas quel encadrement, avant et après l’arrivée de l’enfant, permet de s’assurer que cela n’arrivera pas) ?

Et enfin, on en arrive au drame. Nous décollons pour l’Ukraine dans une agence appelé BioTexCom (centre de médecine reproductive). Rien que le nom et la vidéo de présentation de la société rappelle vraiment celle d’un mauvais film futuriste où les êtres humains se confondent avec des objets. La parenté devient un centre de voyage tout confort, où l’on repart avec un bébé, tant attendu. Bien sûr vendu un prix défiant toute concurrence, même si cela reste encore une somme exorbitante (mais finalement est-ce le coût d’une vie ?) : 50 000€ dans le reportage (et j’ai trouvé 30000€ sur le site de BioTexCom). Les motivations des mères-porteuses sont claires (mais pas clairement exposées sur le site) : elles vivent dans une pauvreté extrême et vendent leur utérus pour gagner de l’argent (10 ans de salaire, nous explique le reportage). On est dans l’exploitation de la souffrance des femmes sous sa forme la plus poussée.

Face à cela, nous avons un couple, assez jeune, en grande souffrance d’enfant :  Stéphanie et François. Ils sont interrogés face à leur contrat où ils doivent choisir un « Pack » sous lequel leur bébé sera vendu. Voici une copie d’écran du site BioTexCom (attention c’est édifiant)

GPA

 

Ce qui me fait le plus mal, c’est bien sur la détresse de ces parents réellement « prêts à tout » pour satisfaire leur besoin d’enfant (quitte à supporter cette formule mal traduite du « paquet tout est compris économe » à coté de cette photo de maman piquée sur un site d’images gratuites). Tout comme pour le salon HomoPapa, nous sommes encore une fois face à un grand déni d’infertilité, poussé à son paroxysme quand la commerciale, Oxana, annonce aux couples que leur mère porteuse a bien été implantée : « Félicitations, vous êtes enceinte ».

Les couples signent leur contrat en 24h, ils referont quelque fois seuls le trajet vers l’Ukraine pour les démarches administratives ou le don de sperme, le suivi de grossesse se passe par téléphone. BioTexCom est une usine d’utérus, il n’y a plus aucun amour dans la conception de l’enfant. Pour tous les couples l’amour dans la conception de l’enfant c’était « avant ». Avant toutes les FIV, les fausses-couches, les larmes. Aujourd’hui, vivre sans enfants est un supplice à leurs yeux et comme pour toute maladie : « aux grands maux les grands remèdes ». Maintenant on arrête de déconner, on va avoir ce « mini-nous » coûte que coûte.

A y regarder de plus près, le fonctionnement est le même qu’aux Etats-Unis, mais pour des raisons de productivité, on a retiré toutes les fioritures humaines (assister à l’accouchement, écrire une jolie lettre de remerciement à la mère porteuse) ce qui dévoile la vraie nature du processus de la GPA, sans la belle enveloppe que l’on y met : des couples commandent un bébé et payent cher (ou pas trop) pour l’avoir, et attendent en retour une « Garantie d’avoir un bébé au bout du parcours », comme le résume si bien Stéphanie elle-même.

Virginie et Laurent, qui ont aussi opté pour l’Ukraine, sont très contents parce qu’ils viennent d’avoir des jumeaux grâce à BioTexCom (ou un concurrent peut-être ?). Pour eux aussi c’est la douleur du petit troisième qui ne venait pas qui les a poussés à commander des jumeaux. « Je n’aurais pas pu être bien dans ma tête s’ils n’étaient pas là » : encore une fois le deuil n’est clairement pas fait. Et le déni parle encore très fort « TOUT LE MONDE EST HEUREUX, ON NE PEUT PAS FAIRE MIEUX ». Sauf la mère porteuse qui, de honte, va cacher sa grossesse à ses proches et ses propres enfants en s’exilant 9 mois loin de chez elle (mais bon elle avait qu’à faire autre chose pour trouver de l’argent, c’est bien elle qui a voulu que ça se passe comme ça, dixit Virginie). Sauf aussi leurs deux enfants restés en France qui n’ont plus vus leurs parents depuis 3 mois car Virginie et Laurent attendent des laisser-passer pour rentrer en France. Sauf enfin les deux jumeaux n’ont aucun papier d’identité (ni ukrainiens, ni français), tout juste ont-ils pu obtenir la sécurité sociale française (tous les enfants nés de cette façon l’ont-ils, au moins ?), donc la fière maman nous dit « je me battrais jusqu’au bout » pour leur obtenir des papiers, pour qu’ils aient une chance d’avoir un avenir quelque part sur Terre.

En faisant quoi je me demande bien ? Peut-être en s’accaparant l’opinion publique en créant une énième chaîne bidon sur Facebook pour dire « Les méchants politiques français ont sacrifiés ces deux enfants (photo Jumeau 1, photo Jumeau 2) car ils ne veulent pas leur donner de papiers, s’il vous plait signez la pétition pour que la GPA soit reconnue en France et qu’on puisse commander encore plus d’enfants (ah non on va pas écrire ça quand même) » mais bon, au final, « on s’en fout un peu parce que au moins maintenant il est là » ? L’avenir de cet enfant est parfaitement secondaire par rapport à mon besoin d’avoir un bébé. Pourquoi ne pas y avoir juste songé PLUS TÔT (une nuit de réflexion nous annonçait-elle fièrement plus tôt dans le reportage) ? Pourquoi demander à la France de reconnaître un procédé de commande de bébés en packs car des gens suffisamment égoïstes et sans scrupules ont contourné les lois pour satisfaire leur besoin d’enfants, en s’excusant par leur « souffrance atroces » qu’était leur infertilité ?

 

Bon et pour terminer sur une note positive, nous abordons enfin dans le reportage les « dérives » (abandon d’enfant commandé parfait livré trisomique DONC abandonnés, décès de mère porteuses, trafic d’enfants). Et pour cela place à la charmante histoire d’Alexandre et Anthony, qui ont eu la belle idée de commander un bébé sur internet auprès d’une femme qui vendait illégalement ses services de mères porteuses et qui a dû se tromper dans les commandes en livrant le bébé à un autre couple (et en fait elle prenait plus la peine de s’inséminer avec le sperme des donneurs, mais revendait en fait ses grossesses non désirées). Bien sûr, elle a désactivé le SAV, laissant le couple homosexuel seuls dans leur tristesse, avec l’horrible voix de leur conscience qui ne doit pas leur dire que des jolies choses. Bref, Alexandre et Anthony ne vont pas mieux 4 ans après et sont prêts à demander à la justice qu’on leur RENDE leur bébé. Qui est la première victime dans tout ça ? Vous pensez à la tristesse et les grosses larmes de crocodiles que versent Alexandre et Anthony ? Peut-être que la première victime c’est celui qui n’a rien demandé : l’enfant, non ?

Cela pourrait sembler normal si l’on compare à des voitures par exemple : admettons que je demande à Toyota de réparer mes plaquettes de freins et que Toyota se trompe et délivre ma voiture réparée à une autre personne. Je vais aller voir Toyota et leur demander manu militari de me rendre MA voiture. Sauf qu’une voiture, ne grandit pas en 4 ans, pour s’attacher à des gens qu’elle va appeler Papa et Maman. Si le couple gagne son procès que va-t-il se passer : l’enfant de 4 ans sera dans sa maison à jouer avec ceux qu’il appelle désormais Papa et Maman, et qu’il aime, quand des gendarmes vont arriver, le prendre par la peau des fesses, lui, son doudou et son berceau, pour le déposer dans la maison de ces deux hommes qu’il ne connait pas et dont on va lui dire qu’il faut les appeler Papa. Puis viendra le temps des questions. Et j’aimerais bien savoir ce qu’ils ont l’intention de lui dire ? Aura-t-il le droit de « remonter à ses origines », voir sa mère porteuse en prison ? Voir ses premiers parents qui l’ont gardé 4 ans ?

 

Au bout du compte, ce reportage m’a convaincu que la Gestation Pour Autrui possède un très sérieux problème d’éthique, quel que soit le modèle présenté dans ce reportage, dans le fond (création d’un bébé sur commande) et parfois dans la forme (usine à utérus). D’autant que je regrette surtout de ne pas avoir plus d’informations sur les vraies motivations des parents ? Pourquoi n’aborde-t-on même pas l’adoption ? On parle de ce reportage comme si la GPA était la SEULE solution au monde pour essayer d’avoir des enfants. Et quid des solutions légales en France ? Quid de l’adoption ? Le parrainage ? Quid de faire son deuil et pouvoir avancer dans la vie en couple sans enfants ? L’adoption est mentionnée UNE FOIS dans le reportage dans cette phrase : « ils ont été découragés par les démarches de l’adoption ». Et moi j’aimerais comprendre qu’est-ce qui dans l’adoption les a découragés que n’avait pas la GPA ? Ont-ils fait une seule démarche pour aller à un rendez-vous d’information seulement ? Ont-ils conscience que la GPA, qui ne les décourage pas, c’est AUSSI être parent « autrement », et que derrière les belles façades des agences de mères porteuses il y a aussi des épreuves qu’ils devront passer qui les mettra face à leur propre infertilité et à leur différence. Pourquoi n’y avait-il aucun autre argument que « leur tristesse » ?

Je n’ai pas de doute que les enfants issus de GPA le vivent bien (peut-être pas tous, mais bon). Les deux jumelles qui sont appelées à témoigner le disent bien : elles sont à l’aise avec leurs origines et vivent mal surtout le regard des gens qui les croient différentes. Elles ne sont pas différentes. Une fois l’enfant arrivés sur Terre, les choses vont se passer normalement. Ce ne sont pas les enfants issus de la GPA qui ont un problème, ce sont leurs parents. Et leur problème est un important problème de deuil principalement. Deuil de vivre la grossesse, deuil de la ressemblance physique, deuil du bébé (pour les couples les plus âgés qui seront orienté sur un projet d’adoption d’enfant de plus de 3 ans). Et l’un des médecins interrogés le résume parfaitement. Pourtant il s’agit de René Friedman (celui qui a permis la naissance du premier bébé éprouvette en France, donc pas totalement opposé à la conception médicalement assistée à priori) : il nous dit « Il faut avoir du courage de refuser cette transaction. On peut vivre sans enfants, ce n’est pas toujours simple […]. Tout n’est pas possible : on ne vit pas éternellement, il y a des maladies, il y a des difficultés, et arrêtons de croire qu’il suffit de claquer des doigts et que ça va marcher ». C’est précisément cela qu’il manque à tous les couples que j’ai vu dans ce reportage. Je ne peux que compatir à leur souffrance, car je la vis aussi. Mais en aucun cas acheter un enfant, le commander, nier sa propre infertilité en se faisant dire « Bravo vous êtes enceinte », n’aide qui que ce soit à aller mieux et à accepter la vérité.

Il est évident que ces parents-là sont malheureux, et bien sûr, malgré mon cynisme je comprend leur douleur et leurs difficulté. Je sais que ces couples-là, s’ils vont à une réunion d’information d’adoption et qu’on leur dit : « il n’existe pas un Droit à être parent. Le fait d’être un couple, de s’aimer et d’avoir beaucoup d’argent ne donne pas systématiquement le droit d’avoir un bébé. », ils ne vont pas particulièrement être séduits (en tout cas moins que par la promesse d’un bébé garanti et les belles images de BioTexCom). C’est vrai la GPA leur offre deux avantages par rapport à tous les autres moyens : 1. la GARANTIE d’avoir un bébé (encore que certaines mauvaises expériences montre qu’il peut y avoir un « problème » et que l’enfant n’arrive pas), 2. Un bébé qui ressemble. Un « mini-nous » tellement plus acceptable socialement. D’ailleurs, pourquoi aucun parent n’a eu l’honnêteté de dire tout simplement : « je voulais passer par la mère porteuse parce que je voulais que mon enfant me ressemble », ce qui est quand MEGA IMPORTANT pour ceux qui apprennent qu’ils ne pourront pas porter leur enfants, j’en sais quelque chose. Pourquoi n’ont-ils pas parlé de ça ? Car cela les placerait face à la vanité de leur conception de la parentalité ? Parce qu’il est plus acceptable socialement de commander un bébé, que d’avouer que notre enfant n’a pas notre patrimoine génétique ?

Mais si tous ces parents décident d’aller un peu plus loin dans la démarche d’adoption, ils vont pouvoir se confronter directement à leur problème, leur vision de la parentalité, leurs propres angoisses pour pouvoir essayer de les solutionner, comprendre que leur crainte de ne pas avoir un enfant qui leur ressemble est normale mais que ce n’est pas CA qui fait que nous sommes les parents de nos enfants, et d’établir avec l’aide de leur Conseil Général un projet d’agrément qui soit cohérent avec leur vision de la parentalité, et leur désir, avec tout de même un risque que cela ne marche peut-être pas, car encore une fois, on ne commande pas un enfant. (Encore faut-il AUSSI éviter toutes les dérives de l’adoption : démarches individuelles avec des trafiquants d’enfants, etc.)

Et c’est justement parce qu’il existe d’autres solutions, qui ne posent pas de problèmes d’éthique, parce que vivre sans enfants est possible, et que nous acceptons ce risque, parce que la souffrance n’excuse pas tout que je n’arrive pas à être pour la GPA et que nous n’y avons pas recours.

1 commentaire à “LA GPA : Pourquoi pas nous ?”


  1. 0 Patricia 24 oct 2016 à 20 h 40 min

    Texte génial, sensible, … Enfin, je suis très touchée. Comme toujours, tu poses les vraies questions,et ce sujet est encore une fois si sensible!
    Pas parce que cela me concerne, maintenant, à 56 ans, j’ai pu avoir mes deux filles, il y a des années, en bricolant avec ce qui était possible à l’époque et j’en suis fière, même si on me le reproche parfois. Il n’y avait que ‘ma’ solution, l’adoption n’était pas possible pour moi. Mais de toute ma vie, de l’espoir de petite fille de porter un jour mon bébé, à l’idée d’adopter, le désespoir, les pleurs. Encore maintenant, évoquer que je n’ai pas pu porter mes bébés reste, des années après, un grand vide, qui me choque au plus profond au détour d’une discussion badine. Ma situation est différente, l’intersexuation m’avait fait déclarer ‘garçon’, et certainement que le combat que j’ai mené, pour ne serait-ce que ‘vivre’, réintégrer mon corps de femme, a participé grandement à me faire choisir la seule solution ‘légale’ de l’époque. Puis je suis devenue maîtresse d’école en maternelle, j’ai été comblée dans ma féminité viscérale.

    Passons, je parle de moi. Là où je voulais en venir, c’est que tu analyses parfaitement les données du problème, L’enfant est une personne, un être qui doit, lui, avoir le choix, même s’il ne peut pas le faire, c’est à nous, en manque d’enfant, d’avoir une morale élevée à sa place, en son nom, une éthique humaine.
    C’est le rôle du ‘trop-plein’ d’empathie féminine, que de porter son bébé au delà des neufs mois, le porter toute la vie, agir à tout instant en se mettant au mieux à sa place. A côté de ce fait si important, tu as très bien décrit le vide qui restera en nous, quoi qu’on fasse, nous avons manqué le début, nous sommes stériles, nous ne réaliserons jamais ce moment là, si désiré, au plus profond de notre conscience.

    Pour le couple, l’exigence de ressemblance, le fait que ces enfants ne sont pas de notre sang (sauf pour le père s’il peut être donneur, dans le cas de la gpa)augmentent le doute qu’on peut avoir quand aux motivations de ces personnes. « On ne peut pas tout acheter ». En tant que mère, le manque restera, et c’est un sentiment de tristesse passagère, c’est pas si grave, il faut juste avoir bien conscience que tout ce qui compte, quand l’enfant est là, c’est que c’est son enfant, dès lors, je le porte, je le porte comme n’importe quelle autre maman, je le porte 20 ans, 30 ans, toute la vie.

    Il faut comprendre à ça, que pour l’enfant, adopté, ou ‘acheté’ (et le mot est faible), et pour nous, il doit être notre enfant sans aucune restriction(au sens de notre ferveur personnelle). Si ce n’est pas le cas, alors il ne faut pas entamer ces démarches, c’est qu’on est pas un couple fait pour avoir des enfants.

    A ce moment, il faut atterrir dans ce monde actuel, qui légalise la vente du ventre, qui légalise la vente d’un enfant, un abandon transactionnel, une vie vendue comme esclave au service d’un couple que ça comblera de son… ?.. quoi, d’ailleurs? …

    Tu l’as souligné, pas d’entretiens, comme vous avez passé pour l’agrément de l’adoption, non, c’est du commerce, c’est hors de prix, certains couples stériles ne pourront jamais se le payer, et quand à avoir deux ou trois enfants…. Oui, promotion sur les jumeaux, ça fait toujours un rabais, sans doute… C’est choquant, très choquant. Comment le justifier auprès de cet enfant, qui saura nécessairement un jour la vérité: Elle(il) a été acheté, très cher. La vérité doit être dite, et quand certains parents veulent un enfant ressemblant, c’est aussi, et peut-être surtout pour ne jamais rien dire à personne, hop, ni vu ni connu.

    Le mensonge. Apprendre au détour d’une visite dans un service administratif, ou lors d’un repas de famille trop arrosé que ses parents ne le sont pas, qu’on a été acheté une somme folle à des gens pauvres qui font ça comme un job ou un autre, qu’on est là que parce que ces parents ont payé le prix.
    Je suis pour l’adoption, dès le moment que l’on a franchi en soi ce que ça représente pour l’enfant, que l’on sait que l’on dira la vérité, toujours, quoi qu’il nous en coûte, parce que c’est une démarche saine, adopter,c’est une démarche humaine, un don de soi,c’est vraiment accepter de porter un enfant qui n’a pas de parents, c’est un relai, et c’est se placer dans l’amour absolu et indéfectible de cet enfant. Adopter, c’est une sacré démarche, cela ne dépend pas de l’argent, ça dépend de la rencontre entre un orphelin et vous, en tant que maman, en tant que papa, pour la vie entière.

    Il y a là quelque-chose de sain, que nous avons du mal à discerner au contraire de cette transaction, cet achat d’enfant. D’ailleurs, quelques années en arrière, cela posait aussi question, les couples qui allaient au Vietnam ou ailleurs, ‘adopter’ des enfants dont les parents ne voulaient plus assurer la charge… Là aussi il y avait un commerce déguisé, de l’argent en jeu, et cela posait aussi question.

    Sans me faire l’avocat des parents, J’essaie de me persuader qu’un enfant qui naît ainsi, ne serait pas né, sinon.

    Mystère de la vie, il va naître, et va, on l’espère, trouver deux parents, une maman, parce que une maman, c’est irremplaçable, la maman a les outils structurels neuronaux pour porter un nouveau-né et un enfant même grandissant,sans quoi il ne survivrait pas, sans cette communication empathique, cet attachement sécure, cet échange non-verbal, qui nécessite une capacité de conceptualisation avancée dans les sensations. Quand à un papa, il est tout aussi indispensable à ce petit, un papa qui répond présent, qui va être le tiers triangulateur essentiel, pour que le bébé soit cette personne individuée qu’il aspire dès la naissance, à être.
    Deux parents complémentaires, moi, c’est ce qui me choque aussi, c’est que la GPA à la limite est devenue un problème de dénaturation de la relation de l’enfant à sa famille. C’est sans doute pour cela que les législations sont bloquées, que le problème n’avance plus, que les couples doivent payer, aller très loin à l’étranger.

    On aurait pu faire de la grossesse pour l’autre, un don humain, généreux, partager une vie, faire de ce don de soi une si belle chose…
    Mais non, les officines profitent des interdits, des excès, des polémiques, des délires de couples, qui n’ont pas été évalués du tout, qui ne se sont posé aucune des bonnes questions , si ce n’est celle de leur malheur égoïste.

    Mes deux filles ont deux mamans, c’est ma conclusion après un si bel article: Quelle que soit votre décision, la patience que vous aurez à attendre l’adoption, l’argent que vous pourrez mettre, le deuil d’enfant que vous accepterez ou pas, la solution unique, c’est d’assumer, de dire, de toujours dire la vérité, quoi qu’il en coûte à son propre égo. Nous ne changerons pas la donne, nous devons assumer notre différence, et ma foi, aller dans le sens de la vie, car nous sommes faits pour cela. Cet enfant, quand il est là, est notre vie toute entière, quoi qu’il arrive, nous ne sommes là que pour vivre et le faire vivre, l’entourer, comme dit une de mes amies, réaliser son destin et notre destin. Chaque jour, donner toute notre âme de maman, de papa, pour cette petite famille, c’est ça qui compte.

    La gpa est devenue un problème éthique du fait de l’argent.

    Si s’était un don, on peut rêver, donner neuf mois de sa vie en complicité avec une autre femme, j’essaie d’imaginer l’inverse, je le ferai, sachant par quelles douleurs je suis passée moi même de ne pouvoir porter mes bébés. Je le ferai sans hésiter, ce n’est pas une question d’argent, mais une question humaine, de pureté d’âme.

    Le monde ne va pas dans ce sens. Il va vers l’inhumain, les enfants sans parent, les enfants-marchandises, l’utérus artificiel qui se passera de la femme et de la famille. Encore une fois, la vie est un don de soi, une transmission, ce qui justifie l’humain.
    Gardez confiance.

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