L’adoption, ou apprendre la tolérance…

Hello !

Joyeuses pâques à toi !! J’espère que les cloches t’ont apporté des tas de petits œufs délicieux !! Nous nous avons eu la chance d’en avoir pas mal… qui ont finalement fondu sur la table de la cuisine en une matinée :( … mais qui restent excellents (même si mon petit lapin ne ressemble plus à rien).

Samedi soir était une soirée plutôt spéciale car c’était l’anniversaire de ma petite sœurette chérie et nous nous sommes retrouvés en famille au restaurant. Ce fût donc bien sur l’occasion d’échanger sur le rendez-vous de mercredi, qui n’avait toujours pas fini de me travailler (drôle d’ambiance pour un anniversaire, mais bon tout le monde se sent bien sur concerné par notre démarche, et cela attire aussi beaucoup de curiosité car, finalement, qui sait réellement comment se passe une adoption, tant qu’on y est pas encore passé ?).

Beaucoup de sujets ont été mis sur la table à cette occasion, notamment celui qui nous fait beaucoup réfléchir : les choix des critères pour l’agrément (nombre d’enfants, âges, origines, pathologies et particularités…). Je suis toujours un peu choquée de comprendre que le niveau de tolérance d’à peu près tous mes proches est proche de 0. Le choix de l’âge, du nombre, et éventuellement des origines ne semble en rien les choquer mais quand il s’agit d’aborder le sujet des pathologies, leur réaction immédiate est de dire de ne même pas y jeter un coup d’œil et de se concentrer uniquement sur des enfants en parfait état de santé. Le sujet est vraiment très personnel et je peux comprendre cette réaction, surtout quand aujourd’hui la société impose la maternité comme un événement sacré et toujours représenté comme quelque chose de parfait (voyons nous autre chose qu’un beau bébé blanc étincelant aux grands yeux bleus et pétillants de santé sur les couvertures de magazines ou les publicités). Pour tout le monde l’enfant doit incarner la perfection et c’est un réel déshonneur que de donner naissance à un enfant qui ne colle pas parfaitement à cette représentation. Cela fait vraiment beaucoup réfléchir au sens que nous donnons à l’acte d’être parent et je suis très étonnée de la réaction de mes proches qui ont pourtant vécu près de moi, qui suis atteinte de plusieurs pathologies, je pensais être un bon exemple que l’on peut avoir des problèmes de santé génétiques sans que cela ne soit trop dérangeant pour la vie de famille.

Le rapport également à la productivité attendue de l’être humain. Ma grand-mère elle-même m’a tout de même laissé entendre qu’une personne avec une pathologie lourde et handicapante dans la vie de tout les jours n’a malheureusement pas vraiment sa place dans la société, et de me citer qu’elle n’aurait pas supporté que ses enfants ait un handicapé mais surtout que si elle même en vieillissant perdait ses facultés (notamment la vue par exemple), elle préférerait partir parce qu’elle « ne servirait plus à rien » (autant dire que je vais surveiller de près ses résultats de santé !). Outre l’idée que si l’on m’a éduqué avec ces idées, il n’est pas étonnant que je me soies plus que haïs pendant une dizaine d’années à cause de mes maladies, cette idée qu’un enfant handicapé (ou une personne handicapée) ne sert à rien m’a fait beaucoup réfléchir :

A quoi sert une personne ? (autrement dit : Quelle pression va-t-on mettre sur les épaules d’un enfant pour qu’il grandisse « normalement » ?)

Beaucoup d’autres petites phrases et expression lourdes de sens ont été citées et me font beaucoup réfléchir. Je n’ai pas encore un avis tranché sur la question, et je ne connais pas mes limites en terme de « tolérance » du handicap d’un enfant que j’adopterais, notamment aujourd’hui pour notre première adoption, mais je suis sure de ne pas partager les convictions de mes proches à ce sujet. Qu’aurait-il advenu de moi si j’étais née autiste, ou si je ne pouvais pas marcher, ou si j’étais sourde, etc… Aurais-je été stimulée autant que je l’ai été par ma famille qui me verrait comme « l’enfant de leur malheur ». Est-ce que ma grand-mère m’aurait pris pour les vacances avec mes cousins et ma sœur ? Est-ce qu’on aurait pris autant de temps pour bien m’élever qu’on ne l’a fait dans ma jeunesse ? Je ne suis pas étonnée de voir qu’autant de petits enfants handicapés restent si dépendants si depuis le début ils sont considérés comme une « cause perdue », alors que certains handicapés parviennent à s’intégrer, à travailler ou à vivre seuls en autonomie (et y mettent un point d’honneur). Est-ce que ceux-là sont juste « plus chanceux » où les y a-t-on aidé en les traitant comme le reste de leur fratrie ?

C’est vrai qu’il n’y a que dans l’adoption que l’on aborde ce type de sujet et que l’on peut s’y préparer (qui serait assez déplacé pour dire à une femme enceinte : et si il est handicapé tu l’aimeras quand même ?) mais est-ce que justement ce ne serait pas une bonne question à se poser pour tout parent ? Parce que même s’il n’est pas souhaitable et que tous rêvent d’un enfant parfait, le risque existe et à ce moment, soit l’on se considère comme les plus malheureux du monde, soit l’on accepte et on vit (on peut même aimer) sa vie de parent, différente de celle que l’on avait imaginée, mais je pense tout aussi riche de découvertes et d’ouvertures.

Tout cela pour dire que la tolérance est un vaste sujet qui nous fait beaucoup réfléchir en ce moment. Nous avons rendez-vous dans une semaine à l’hôpital Necker pour discuter des différentes pathologies existantes en adoption et fixer nos limites, pour notre première adoption, déjà, puis pour les éventuelles adoptions suivantes, où il sera sans doute nécessaire d’être plus ouverts et plus tolérants.

A ce titre j’ai lu plusieurs beaux livres sur des sujets divers et variés et que je ne peux que conseiller pour s’ouvrir à la tolérance vis-à-vis de ses enfants, et auquels je pense beaucoup en ce moment.

- Ce n’est pas toi que j’attendais, de Fabien Toulmé, que nous avons lu en couple avec beaucoup d’émotion !

- Je suis né un jour bleu, de Daniel Tammet

Et des tas d’autres que je n’ai plus en tête déjà… Mais je le conseille à tous ceux qui suivent notre démarche et qui se questionnent un peu sur la différence (en plus d’être des livres passionnant et bien écrits).

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1 commentaire à “L’adoption, ou apprendre la tolérance…”


  1. 0 Patricia 28 sept 2015 à 21 h 13 min

    Belle analyse, je suis d’accord. Peut être parce qu’un jour un enfant se sent le vilain petit canard et devient un cygne plus tard, il comprend plus facilement ce que nous pouvons ressentir en matière de tolérance?
    Dans l’adoption, on vous donne un choix, et il faut oublier ce côté choix, simplement savoir ce que, à deux, vous pourrez assumer sur la longueur. Aussi le choix est là pour que vous accordiez ce bébé qui viendra, avec votre propre acceptation de la vie. Vous n’êtes pas obligés d’aller devant les difficultés non plus…
    MM, moi j’ai dit à mes filles que si je deviens grabataire et plus capable d’écrire, je préfère partir faire ma dernière promenade au mont Fuji, comme le disent les vieux japonais! mais ta grand-mère devrait tenir sa langue, si je peux me permettre, là on parle d’enfants, et si elle a raison, je trouve la comparaison avec les vieux un peu osée!… Un enfant a son destin devant lui, on ne peut pas juger à l’avance.
    J’ai élevé mes filles avec la peur qu’il arrive quelque chose, c’est la vie, on doit toujours être prêt à soutenir son enfant, à l’aimer, et lui donner tout, c’est la vie, ça, sinon, pourquoi serions-nous sur Terre?!
    Comme je suis un peu une vieille et mes filles grandes et que je suis une grand-mère, j’ai envie de dire que on reste toujours maman, et que ça occupe une vie entière, alors même si un enfant a quelques soucis, c’est de l’aimer qui aura été important quand on se retournera sur son passé. J’ai travaillé un an comme maîtresse d’école, dans un institut pour des enfants atteints de maladies incurables, je me souviens d’eux avec la même tendresse que tous mes élèves, je les vois encore dans ma mémoire, avec tous les appareillages qui les soutenaient le plus longtemps possible. Je pense que quand on aime, c’est de nature, et on a le courage de bien vivre la difficulté. Beaucoup de gens vivent dans le fantasme de l’absolu, d’une norme que eux même ne savent pas dépasser. Je suggère une petite parade, c’est de montrer soi même l’exemple du courage de de l’amour que l’on a en soi, et tout ira bien.

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